Critique et analyse cinématographique

FIFF 2016 – « Illégitime » d’Adrian Sitaru

Il y a maintenant un bon moment que les films roumains – surtout au sein de festivals – sont attendus comme le Messie et traités avec une certaine déférence, incarnant apparemment un modèle absolu de ce que la critique et le public attendent d’un « bon » cinéma d’auteur, à savoir la rigueur, la gravité, des plans fixes, des sujets forts, etc. Cette attente a fini par contaminer les plus réfractaires à ce type de système dogmatique, puisque l’on préférera – en festival, toujours – se tourner, en cas d’alternative, vers un film roumain plutôt que vers un autre. Cette prédisposition favorable est bien sûre ridicule, ce qui n’exempte pas d’apprécier un film roumain à sa juste valeur, avec ses qualités et ses défauts.

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Le présent film, Illégitime d’Adrian Sitaru, commence par une longue scène de dîner qui semble tendre le bâton pour se faire battre, tant elle rappelle un cinéma de règlement de comptes familiaux, façon Festen ou Pardonnez-moi. Un patriarche roumain se fait juger par ses quatre enfants pour avoir dénoncé des tentatives d’avortement sous le régime de Ceausescu. Si le procédé est facile et déjà-vu, on se prend tout de même à rêver que le film continue, sur cette voie qu’il a creusé, à interroger la culpabilité et la responsabilité des anciens, le regard neuf et extérieurs des nouvelles générations, la dimension morale du rapport à l’histoire. Si cela en ferait un film à thèse, il serait tout du moins déterminé et radical dans sa démarche.

Mais le film préfère s’éloigner de cette interrogation en déplaçant sa problématique vers celle de la vie et de l’avortement, par des moyens détournés. Sitaru délaisse en effet presque totalement le personnage du père pour s’intéresser à la relation incestueuse qu’entretiennent deux de ses enfants et le dilemme que va soulever la grossesse qui en découlera. La première scène n’était donc là que pour entrer en résonance avec ce qui allait suivre, une manière de préparer le terrain, d’orienter la réflexion.

Illégitime n’en est donc pas moins un film à thèse, mais ne l’assume pas totalement. Il préfère construire des murs de fumée et emprunter des chemins de traverse pour aborder son sujet, comme pour détourner l’attention, de manière assez roublarde. La manœuvre peut encore fonctionner, mais commence à s’émousser, tant le système se fait de plus en plus voyant. Néanmoins, l’épilogue du film, détaché esthétiquement et scénaristiquemement du reste, tend à déplacer et à pervertir le questionnement moral. Encore une fois, on ne voit pas trop où Sitaru veut en venir mais, au moins, sa tentative est plus inédite que tout ce qu’il a pu proposer auparavant.

Thibaut Grégoire

 

Le FIFF se tient du 30 septembre au 6 octobre 2016 à Namur

Plus d’infos sur le site du FIFF

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