Critique et analyse cinématographique

FIFF 2016 – « Boris sans Béatrice » de Denis Côté

Cinéaste des formes et de la digression, Denis Côté se partage depuis le début de sa carrière entre un cinéma hybride, mêlant fiction et documentaire, et une veine plus narrative et parfois plus « genrée ». Après Que ta joie demeure, essai poétique sur le travail, c’est donc presque naturellement qu’il nous propose aujourd’hui un film plus classique, quoique toujours travaillé par la volonté de s’éloigner des normes et des conventions.

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Alors que sa femme Béatrice se retire momentanément d’un poste au gouvernement, en proie à une grosse dépression, Boris essaie de s’occuper d’elle au mieux, tout en continuant à entretenir une relation extraconjugale avec une collègue de travail. Envahi dans sa maison et son intimité par le médecin de sa femme, imposé par le premier ministre, ainsi que par un homme mystérieux disant l’observer et surveiller son comportement, Boris perd le contrôle des choses, tandis qu’il se laisse également séduire par la jeune fille au pair qui prend soin de sa femme.

Dès une première scène dans laquelle Boris se montre aussi froid que le décor blanc dans lequel il se trouve, le film fait le pari de s’appuyer sur un personnage totalement antipathique, établissant volontairement une distance avec le spectateur. Étant donné que Boris sera par la suite confronté à des dilemmes moraux et à sa conscience, tout l’enjeu sera de faire en sorte que le spectateur retrouve un intérêt dans le questionnement intérieur de ce personnage et dans ce qui va bien pouvoir lui arriver.

Mais Boris sans Béatrice est aussi une comédie. Une comédie noire qui joue justement de cette distance nécessaire pour mettre son personnage au cœur de situations intenables, kafkaïennes, et faire de ses mésaventures une parabole sur la dépossession, sur la perte de contrôle. Ce côté surréaliste permet également au film de laisser planer une ambiguïté quant à son positionnement par rapport à la morale du modèle conjugal judéo-chrétien, qui hante le questionnement du personnage.

Il ne s’agit probablement pas du meilleur, du plus subtil ni du plus transgressif des films de Denis Côté, mais chaque œuvre de cet auteur en mouvement reste intéressante pour aborder son travail dans sa globalité, et parvient à chaque fois à apporter de l’altérité dans une base lisse, qu’il s’agisse d’un décor ou d’un genre cinématographique.

Thibaut Grégoire

 

Le FIFF se tient du 30 septembre au 6 octobre 2016 à Namur

Plus d’infos sur le site du FIFF

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