Critique et analyse cinématographique

FIFF 2016 – « Orpheline » d’Arnaud des Pallières

Réunissant un casting très excitant pour qui observe de près la jeune génération de comédiens français, Arnaud des Pallières propose avec Orpheline un film totalement schizophrène : un film-choral à un seul personnage ou un film introspectif à personnages multiples. Le projet est audacieux mais s’aventure sur les terrains du naturalisme et du mélodrame, deux carcans dont il ne parvient pas totalement à se défaire.

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Le film dévoile, petit à petit et de manière anti-linéaire, trois personnages forts de femmes, chacune dans un moment déterminant de sa vie : une adolescente fugueuse poursuivie par un père violent, une jeune femme arrivant à Paris et paumée entre différentes mauvaises fréquentations, une femme en apparence rangée rattrapée par son passé. Si les trois personnages ainsi dessinés et la structure chorale que revêt le film font passer celui-ci pour un drame français très lourd et appuyé, Orpheline a justement pour ambition d’utiliser ce genre et ces clichés pour surprendre son spectateur en transformant trois personnages typés de fiction pour incarner trois occurrences d’une même femme à la recherche de son identité.

Les trois figurations de ce personnage sont donc incarnées par trois actrices différentes (Solène Rigot, Adèle Exarchopoulos et Adèle Haenel), lesquelles donnent la réplique à des acteurs qui, eux, voyagent d’une ligne narrative à l’autre, dans les mêmes rôles (Gemma Arterton, Sergi López, Nicolas Duvauchelle,…). Le film devient dès lors une expérience à la fois éprouvante et participative pour le spectateur, qui n’est amené à découvrir le véritable enjeu du film et son ambition qu’au fil de trois récits intriqués mais difficiles à rattacher l’un à l’autre.

Cette expérience, ainsi que l’ampleur de la démarche d’Arnaud des Pallières, ne peut qu’intriguer et stimuler mais, au fur et à mesure de la vision, le spectateur est malheureusement confronté à des clichés et des lourdeurs qui le « réveillent » et lui rappellent qu’il se trouve dans un film d’auteur français à tendance démiurgique. Arnaud des Pallières ne peut en effet s’empêcher de verser à plusieurs reprises dans le voyeurisme misanthrope et de mettre ses personnages et ses actrices dans des situations dégradantes. Faire faire de vilaines choses à de jolies femmes semble être devenu le motto actualisé d’une certaine partie des auteurs. On ne s’étonne donc plus de voir Adèle Haenel pleurer à chaude larmes les trois quarts de sa prestation, Adèle Exarchopoulos rejouer inlassablement les scènes « sulfureuses » de La Vie d’Adèle, et Solène Rigot en adolescente confrontée à la dureté de la sexualité, rôle qu’elle endossait déjà dans Puppylove.

Dans sa dernière partie, le film tente également d’apporter une justification psychologique à l’autodestruction progressive de son héroïne protéiforme en ajoutant une occurrence du personnage au trois existantes : une petite fille vivant un traumatisme fondateur. À ce moment-là, le film aura coché toutes les cases de ce que l’on s’attend à voir dans un drame français « riche de sens » et la beauté initiale de ce projet ambitieux se sera noyé dans les tares de ce qu’il semblait, au départ, vouloir contourner.

Thibaut Grégoire

 

Le FIFF se tient du 30 septembre au 6 octobre 2016 à Namur

Plus d’infos sur le site du FIFF

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