Critique et analyse cinématographique

« La Trêve », une série belge ?

La voilà donc cette fameuse série belge, début d’une nouvelle ère sur la RTBF et censée concurrencer ses homologues anglo-saxons et scandinaves. Qu’est-ce qu’une série belge aujourd’hui ? Quelles sont les attentes des auteurs et de la chaîne ? Impressions sur base de la vision des deux premiers épisodes….

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Le premier contact avec la série est un panneau précédent sa diffusion et avertissant que le programme contient du placement de produits. D’emblée, le spectateur est prévenu : le voici face à un produit télévisuel, une émission où un véhicule commercial, à tout le moins un objet qui espère avoir assez de portée et d’audience pour être utilisé à des fins mercantiles. Après tout, pourquoi pas ? La démarche a le mérite d’être honnête.

Ce qui suit confirme ce que l’on pressentait : la « création originale » belge lorgne clairement et allègrement du côté des séries policières contemporaines, avec une intrigue étalée sur une saison à la manière de True Detective, de Broadchurch ou encore de séries scandinaves telles que The Killing. La structure en flashbacks – l’inspecteur Peeters, à la tête d’une enquête sur un footballeur assassiné et retrouvé dans un lac, est chez une psy et raconte les événements tels qu’ils se sont déroulés, vraisemblablement jusqu’à un dénouement tragique – rappelle indirectement True Detective ; le générique, lui, assume sans ambiguïté la filiation, voire le plagiat avoué.

Ce qui frappe et alarme le plus, ce n’est pas tant qu’un modèle soit décalqué et décliné dans notre pays – c’est le cas partout – mais plutôt que la volonté de tourner dans des décors nationaux, de revendiquer une identité propre, soit annihilée par la figure tutélaire trop imposante des influences. Les paysages, retravaillés à outrance par le cadrage et la lumière dans un désir d’esthétisation de nos contrées, ainsi que toutes les situations et les personnages se voulant d’abord ancrés dans des réalités sociales et institutionnelles du pays, n’ont finalement plus rien de belge. Ce que l’on voit à l’écran ne ressemble en rien à ce qu’un spectateur belge voit dans la vie de tous les jours, mais plutôt à ce qu’il a déjà vu à la télé, dans des productions danoises, britanniques ou américaines. Le pays dans lequel évoluent les personnages n’est pas la Belgique, mais bien une nation artificielle, uniformisée par les pratiques télévisuelles des auteurs et des spectateurs de La Trêve.

Passé ces considérations et ce constat d’échec sur la possibilité d’une série fondamentalement belge, on peut tout à fait se laisser porter par la vision d’un programme qui repose sur des archétypes connus mais efficaces, sur un système qui a fait ses preuves et sur une roublardise narrative qui fait partie du contrat tacite se liant entre une telle série et son spectateur. L’aspect feuilletonnant fonctionne, l’envie de voir la suite l’emporte, malgré la désillusion prévisible.

Thibaut Grégoire

 

(La série La Trêve, réalisée par Matthieu Donck, est diffusée depuis le 21 février le dimanche soir sur La Une, par salves de deux épisodes)

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