Critique et analyse cinématographique

« Welcome Home » de Philippe de Pierpont : La vie des autres

Après Elle ne pleure pas, elle chante, un premier long métrage imparfait mais intéressant par plusieurs aspects, Philippe de Pierpont livre un deuxième long qui s’intéresse au mal-être adolescent et à la difficulté du passage à l’âge adulte. Si le sujet est convenu, la manière dont le film l’aborde interpelle dans un premier temps par la sincérité de sa démarche, avant de verser dans une partie plus hystérique et dans quelques clichés.

Welcome-Home1

Lucas (16 ans) et Bert (18 ans) partent à l’aventure sur les routes et dans les campagnes provinciales, fuyant tous deux un cocon familial dysfonctionnel et une vie qui ne leur convient pas. Squattant l’une après l’autre des maisons laissées par des propriétaires en vacances, et menant par procuration d’autres vies rêvées, ils sont assez vite rattrapés par une réalité terre-à-terre et sont mis face à leurs propres contradictions.

Si l’on croit retrouver, dans les premières minutes, le réalisme social systématisé et le psychologisme symbolique coutumiers d’un cinéma belge qui tourne en rond, le film décolle lorsque son idée principale, résumée par le titre, se révèle et se développe. Les scènes dans lesquelles les deux adolescents s’approprient les espaces froids et abandonnés de grandes maisons bourgeoises sont les plus belles. Lors de l’une d’elles, Bert et Lucas marquent leur territoire en taguant les murs puis projettent des photos de vacances en diapositives sur leurs torses nus. La force esthétique et subversive de cette séquence à la lisière de la performance d’art contemporain marque le film d’une manière indélébile, quitte à ce que celui-ci déçoive par la suite.

Et c’est un peu se qui se produit car, au lieu de continuer à suivre l’errance existentielle des personnages, Philippe de Pierpont préfère sacrifier aux impératifs du scénario et oppose à leur désir de liberté et de rébellion un retour de bâton cruel qu’ils prennent de plein fouet comme un uppercut. Par un retournement de situation assez arbitraire, le rapport de force entre Bert et Lucas – le plus âgé et le plus jeune – s’inverse. Et tandis que le premier semble s’assagir en trouvant sa voie, le second devient inexplicablement violent et suicidaire.

Le passage qu’opère le film entre sa première partie libertaire et sa seconde, complètement castratrice pour ses protagonistes, est mal négocié et c’est ce qui le rend légèrement bancal. Heureusement, Philippe de Pierpont aime ces deux adolescents déboussolés et leur permet de s’affirmer jusque dans un final qui renoue avec l’élan salvateur du début. Le film est donc aussi un périple vers un but précis : une identité à se construire. Une fois ce but atteint, le titre peut envahir l’écran pour accueillir ses personnages : « Welcome Home ».

Thibaut Grégoire

 

Retrouvez cette critique sur Le Suricate Magazine

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  1. Pingback: Philippe de Pierpont : « J’avais très envie de tromper le spectateur » | CAMERA OBSCURA

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