Critique et analyse cinématographique

FILM FEST GENT 2015 – « Hitchcock/Truffaut » de Kent Jones

Le projet commun du documentariste Kent Jones et de Serge Toubiana, directeur de la Cinémathèque française, de documenter 50 ans plus tard le livre-somme d’entretiens entre Alfred Hitchcock et François Truffaut est tout à fait louable et recevable dans une optique de perpétuation de la mémoire cinématographique et dans une perspective d’étude. Le gros problème est que le film ne va pas du tout dans cette direction-là et se contente plutôt de caresser ses intervenants et son public dans le sens du poil.

Francois Truffaut and Alfred Hitchcock

Étant donné qu’il n’existe pas d’images filmées de l’entretien entre les deux cinéastes, mais bien un reportage photo, la juxtaposition de ces photos au son direct de l’enregistrement aurait donné un document tout à fait digne mais peut-être trop radical pour une exploitation en salles ou en télévision. Le projet s’est donc étoffé de commentaires sur la réalisation de cet entretien et, surtout, sur la filmographie et l’apport d’Hitchcock dans l’histoire du cinéma.

Ce sont donc une ribambelle de réalisateurs contemporains (Scorsese, Fincher, Assayas, Desplechin, Kurosawa, Schrader, etc.) qui viennent étayer les propos de Truffaut et d’Hitchcock en donnant leurs visions de l’œuvre de ce dernier et de certains films en particulier. Et c’est bien là que réside le principal problème du film, qui devient dès lors un commentaire sur le commentaire, voire une dissertation sur le même sujet mais n’ayant plus rien à voir avec le matériel de base.

On peine dès lors à cerner la finalité et le fond d’un tel film, puisqu’il vire d’un sujet à l’autre, de la rencontre Hitchcock/Truffaut à un éloge d’Hitchcock seul. En plus de cela, on décèle un réel cynisme dans la manière dont sont répartis les films abordés en termes d’importance. Si tant de temps est accordé à Vertigo et Psycho, c’est uniquement parce qu’il s’agit des films les plus populaires du cinéaste, mais il est vraiment curieux de les voir ainsi en éclipser d’autres, aussi arbitrairement.

Il y a un petit air de renfermé dans ce documentaire institutionnel, qui fait parler un microcosme de lui-même. En effet, jamais un critique ou un historien du cinéma n’interviendra pour éclairer tel film ou telle thématique hitchcockienne. Seuls des réalisateurs semblent avoir le droit d’en parler, et de glisser au passage un message un peu rance sur l’air de « c’était mieux avant », pour dire à quel point les films étaient meilleurs lorsque l’on prenait le temps de prendre son temps et que le public n’était pas habitué à un climax toutes les cinq minutes. Ce discours de vieux cons n’a pas vraiment sa place dans un documentaire sérieux d’histoire du cinéma, ce que ce Hitchcock/Truffaut n’est donc pas.

Thibaut Grégoire

 

Le Festival de Gand se déroule du 13 au 24 octobre 2015

Plus d’infos sur le site du festival

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