Critique et analyse cinématographique

FIFF 2015 – « Tempête » de Samuel Collardey

Le jury présidé par Olivier Gourmet a décidé de couronner le film de Samuel Collardey de son prix suprême, le Bayard d’Or. On sait donc quelle idée du cinéma d’auteur et du cinéma social se font les membres de ce jury. Tempête est évidemment très représentatif d’une vision biaisée de ce qu’est un film d’auteur, ce qu’est un film social, ce qu’est un film politique.

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Collardey a choisi de suivre des anonymes et de leur faire rejouer, par le prisme de la fiction, leur histoire. En l’occurrence, il a jeté son dévolu sur le marin Dominique Leborne et ses deux enfants, qu’il filme dans des situations recréées mais proche de leur vie quotidienne. La démarche n’est pas nouvelle et l’idée de prendre des acteurs non-professionnels parce qu’ils seraient porteurs d’une vérité que les pros n’auraient pas en eux est une des grandes idées reçues d’auteurs qui semblent incapables de faire un choix entre fiction et documentaire. On n’est heureusement pas ici dans le degré d’obscénité et de misérabilisme de l’infâme Party Girl, qui obéissait au même principe. Mais on est également loin de la volonté de faire de « personnes réelles » de véritables héros de fiction en y ajoutant la notion de « grâce », comme le font par exemple Bruno Dumont ou Jean-Charles Hue.

Il est malgré tout sûr que Samuel Collardey aurait pu plus mal tomber et que l’acteur qu’il a choisi est vraiment très bon dans son emploi et intéressant à regarder dans son jeu. Il constitue la qualité principale du film et son unique sujet, puisque celui-ci est par ailleurs envahi par un vide de fond assez inquiétant. Il y a eu un glissement qui s’est opéré ses dernières années dans la pratique et la conception d’un cinéma social dit « engagé ». Montrer des « petites gens », des ouvriers et des laissés pour compte suffit-il à créer l’engagement ? S’intéresser à des classes défavorisées suffit-il à ajouter le mot « social » à « cinéma » dans la description d’un style, d’un genre ? Tempête est un exemple type de ce « cinéma social »-là, celui qui montre les effets d’une réalité sociale déterminée, mais qui n’en isole pas précisément les causes et n’apporte pas de réel point de vue sur elle, encore moins de solutions.

Thibaut Grégoire

 

Le FIFF se tient à Namur du 2 au 9 octobre 2015

Plus d’infos sur le site du FIFF

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