Critique et analyse cinématographique

FIFF 2015 – « Aferim ! » de Radu Jude

Auteur de deux films ayant écumé les festivals du monde entier – dont Everybody in Our Family, récompensé au FIFF en 2012 – Radu Jude s’est vu offrir la consécration cette année en remportant l’Ours d’Argent de la mise en scène à la dernière Berlinale. Il faut dire qu’Aferim ! est probablement son meilleur film à ce jour – loin de l’hystérie galopante du précédent – et qu’il y a trouvé un style qui lui permet d’aborder de front des sujets durs sans céder au voyeurisme ni au didactisme.

aferim2

Dans un noir et blanc soigné, Aferim ! suit les aventures picaresques du policier Constandin et de son fils Ionita. Chargés par un riche Boyard de retrouver un esclave ayant fauté avec la femme de son maître, ils parcourent les terres arides de Valachie, au début du XXème siècle, et traversent un petit théâtre des réalités cruelles de l’époque.

Une des bonnes idées du scénario est de ne pas avoir fait de Constandin un héros conscient des tares de la société dans laquelle il évolue. Il est, au départ, tout aussi buté et raciste que l’ensemble de ses contemporains. Mais il défend néanmoins une méthode « honnête », une constance dans son exercice de policier, qui lui permet d’être en paix avec lui-même.

Il y a un certain malaise à la vision du film – du moins dans sa première partie – tant le racisme et l’acceptation de la tyrannie sont inscrits de manière naturelle dans les situations et les dialogues. Le spectateur est confronté à une réalité absurde – d’ailleurs montrée en tant que telle, presque avec drôlerie – dans laquelle les personnages semblent inexorablement enfermés.

Construit comme un aller-retour déterminé – chercher le fuyard, le capturer, le ramener – Aferim ! prend des allures de « Eastern » d’errance, tandis que se dessine de plus en plus une prise de conscience sinon politique, au moins humaine. En cela la conclusion déconcerte quelque peu : après un climax final très bien mis en scène mais fonctionnant selon une logique de « coup-de-poing » un peu facile, le film s’achève sur un constat d’impuissance, qui résonne politiquement avec des réalités actuelles, et s’avère implacablement pessimiste, résigné. Comme si le temps n’était plus à trouver des solutions mais à accepter des réalités insoutenables.

Thibaut Grégoire

 

Le FIFF se tient à Namur du 2 au 9 octobre 2015

Plus d’infos sur le site du FIFF

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s