Critique et analyse cinématographique

FIFF 2015 – « La Vanité » de Lionel Baier

Après Les Grandes ondes, sorte de virée buissonnière et libérée en pleine révolution portugaise, le film suivant de Lionel Baier était attendu de pied ferme comme une confirmation du plaisir évanescent ressenti à la vision du précédent. S’il est un peu en dessous, La Vanité réserve quelques moments réjouissants, malgré un sujet casse-gueule.

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Abordant la même problématique que le film de Stéphane Brizé, Quelques heures de printemps – l’existence du suicide assisté en Suisse –, La Vanité en est en quelque sorte l’opposé dramaturgique et stylistique. Là où Brizé privilégiait le réalisme brut et la chronique familiale, Baier cède au charme d’un huis-clos presque vaudevillesque. Là où l’un fonçait dans son sujet tête baissée pour donner lieu à un film à thèse, l’autre préfère la légèreté et l’évitement. Mais le choix de cette démarche ne signifie pas pour autant que le sujet ne soit pas traité et que des thématiques précises ne s’en dégagent.

Atteint d’un cancer à un stade avancé, l’architecte David Miller choisit d’aller se donner tranquillement la mort dans un motel qu’il a lui-même dessiné dans les années 60. Alors que son fils refuse à la dernière minute d’être le témoin légale de son suicide assisté, Miller et sa « passeuse » essayent de convaincre le jeune prostitué slave de la chambre d’à côté d’occuper ce poste.

La résignation à la mort n’est donc pas une fin, mais une quête initiale que des obstacles hétéroclites et tenaces empêchent le héros d’accomplir. En se focalisant sur son trio typé – le vieil homme blasé, la femme revêche et le jeune homme libéré – et en ne déviant pas trop de son système de vaudeville, le film laisse finalement le temps à une question sérieuse – pourquoi choisir de mourir, comment et où ? – de faire son chemin sans être assénée au détour de chaque plan ou de chaque dialogue.

Mais La Vanité parvient aussi et surtout à rendre drôle une problématique délicate, sans non plus tomber dans le scabreux, et cela notamment grâce à un trio d’acteur épatant et attachant. Dans sa dernière partie, le film semble néanmoins trouver une échappatoire scénaristique dans une fuite et un apaisement sentimental un peu convenu – chercher la paix intérieure en retrouvant une harmonie extérieure avec ses proches –, mais cette concession à la facilité ne parvient pas vraiment à faire oublier la visée et le ton d’un film assez gonflé.

Thibaut Grégoire

 

Le FIFF se tient à Namur du 2 au 9 octobre 2015

Plus d’infos sur le site du FIFF

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