Critique et analyse cinématographique

FIFF 2015 – « Je me tue à le dire » de Xavier Seron

Continuons d’explorer les affres du jeune cinéma belge francophone avec Je me tue à le dire : un premier long métrage qui s’essaye dans le registre de la comédie noire en insistant sur le noir – et blanc – mais en oubliant qu’une comédie doit également être drôle.

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Dans les tares du cinéma belge actuel, il y a une tendance tenace qui consiste à confondre surréalisme à la belge et humour décalé de pacotille. Si l’on a pu en découvrir une version clinquante et populaire récemment avec l’infâme Tout Nouveau Testament de Van Dormael, en voici donc la variation tristounette et « artiste maudit ». Dans un noir et blanc hideux et bien granuleux – pour renforcer le côté poisseux – Je me tue à le dire suit son antihéros ventripotent et alcoolique dans ses déboires sentimentaux et surtout médicaux. Alors que sa mère est atteinte d’un cancer du sein, le voici qui se découvre lui aussi une tumeur maligne dans la poitrine. Mais personne ne le croit, ni ses proches ni les médecins, et lui seul semble s’inquiéter du fait que cette excroissance se transforme de plus en plus en sein à part entière et que ses cheveux tombent à n’en plus finir. On est bel et bien là dans le « torture-porn » le plus complet : on accable un personnage de tous les maux et on le regarde décliner lentement mais sûrement. Mais le réalisateur Xavier Seron apporte une petite variante à ce système bien connu du cinéma d’auteur de festival : la touche « on s’en fout ». En effet, puisque le film se veut une comédie, le spectateur est censé se tamponner comme de l’an 40 de ce qui peut bien arriver au pauvre Michel Peneud – surnommé Michelin… Ha ! Ha ! –, puisque c’est « pour de rire ». Flirtant constamment avec les limites de l’abject, Je me tue à le dire enfonce le clou en étant aussi primairement misogyne – la mère est castratrice, la petite amie est une fausse blonde nymphomane et psychopathe qui retourne avec son bellâtre d’ex à la première occasion. Il n’y a absolument rien à sauver dans cette sinistre mascarade, échantillon type d’une cinématographie nationale qui produit en cercle fermé pour faire travailler les copains et être projeté en festival.

Thibaut Grégoire

 

Le FIFF se tient à Namur du 2 au 9 octobre 2015

Plus d’infos sur le site du FIFF

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2 Réponses

  1. Louis Dandroit

    Ce n’est tout de même pas votre faute si ces affres sont appelées à devenir un running gag.

    décembre 21, 2015 à 10:53

  2. Louis Dandroit

    Ce petit monde du cinéma belge francophone est chaque année un peu plus minable et bat avec fierté ses propres records de médiocrité prétentieuse que personne ne contemple à part bien sûr eux-mêmes – et rassurez-vous: je ne me tue pas à le dire.

    février 8, 2017 à 22:28

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