Critique et analyse cinématographique

« Le Transporteur – Héritage » de Camille Delamarre : Action-porn

Treize ans après le premier épisode de la série et sept après la conclusion de la première trilogie, Le Transporteur se voit offrir une seconde vie par les bons soins de son « généreux » producteur et scénariste, le prolixe Luc Besson. C’est à la mode des « reboots » que succombe cet Héritage, puisque l’on y reprend le personnage de Frank Martin, le chauffeur-mercenaire, en lui donnant une nouvelle tête et en l’entourant de personnages secondaires inédits, dont un paternel envahissant mais attachant.

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Alors que le premier a accepté d’accomplir une mission pour une jeune femme mystérieuse, Frank Martin et son père se retrouvent à la merci de cette dernière et de ses trois coéquipières. Si Frank Junior n’accepte pas de s’allier à elles dans une vendetta qu’elles ont décidé de mener contre un impitoyable chef mafieux, Frank Senior mourra non sans douleurs d’un virus redoutable qui lui a été injecté. D’abord engagé contre son gré, le Transporteur finira par réellement s’impliquer dans cette croisade des prostituées rebelles contre l’homme qui les a exploitées.

Si le scénario n’est bien évidemment pas ce qui prime dans ce type de films, l’idée de la rébellion des femmes opprimées contre leurs bourreaux n’est pas désagréable. On se délecte donc des scènes d’actions menées par ces femmes, qui n’hésitent pas à tirer dans le tas et à jurer comme des charretiers, même si leur salut dépendra in fine de l’intervention de Monsieur Muscles en personne, le très monolithique Frank Martin. Car il ne faut pas non plus voir dans cette nouvelle mouture du Transporteur un film d’action féministe. Le divertissement « Made in Besson » a ses limites !

Côté casting, l’ensemble est globalement très inégal, pas aidé non plus par une direction d’acteurs qui laisse clairement à désirer. Ed Skrein singe la prestation de Jason Statham – premier Transporteur du nom – sans en avoir le charisme, le méchant (Rasha Bukvic) est inexistant, et Noémie Lenoir en « bad bitch » est tout simplement pathétique. C’est finalement du quatuor de femmes rebelles et de Ray Stevenson dans le rôle du père de Frank que viennent les bonnes surprises, les unes apportant la touche charme et l’autre la touche humoristique.

Monteur sur une flopée d’autres « bessonneries » (Le Transporteur 3, Taken 2, Lock Out… entre autres), le réalisateur Camille Delamarre n’est qu’un habile technicien et son film en est le reflet implacable : les scènes d’action et de poursuites sont tout bonnement époustouflantes – inventives même, pour certaines – tandis que les scènes dialoguées sont souvent affligeantes, voire amateuristes. Mais qu’importe finalement car, dans un film comme celui-ci, seule l’action est déterminante et susceptible de contenter le public cible, qui reçoit ni plus ni moins que ce qu’il est venu chercher. Au fond, le cinéma d’action répond à la même logique de construction que le cinéma pornographique : les scènes de comédies ne sont là que pour lier entre elles les scènes de performance – physiques ou mécaniques. En cela, Le Transporteur – Héritage est un très bon film d’action, essentiellement axé sur la monstration et la démonstration, dans le seul but de satisfaire un public précis.

Thibaut Grégoire

 

Retrouvez cette critique sur Le Suricate Magazine

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