Critique et analyse cinématographique

« Prémonitions » d’Afonso Poyart : Série B inventive

Depuis quelques temps, Anthony Hopkins semblait s’être perdu dans les projets bancals (Hitchcock, 360) et les cachetons dans de grosses machineries hollywoodiennes (Thor, Red 2). On était donc curieux de voir ce Prémonitions, dans lequel il semble s’être investi corps et âme puisque qu’il l’a également produit.

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Dans ce petit thriller de série, Hopkins incarne John Clancy, un médium appelé à la rescousse par le FBI pour traquer un serial killer insaisissable. Se rendant compte petit à petit que le tueur à constamment plusieurs longueurs d’avance sur les enquêteurs, Clancy comprend que celui-ci possède le même don que lui. Une partie d’échecs commence alors entre les deux médiums, chacun cherchant à anticiper le prochain mouvement de l’autre.

Dès les premières minutes, le spectateur se rend compte qu’il se trouve devant un pur film de genre, une petite série B stylisée qui ne cherche pas à se faire passer pour autre chose que ce qu’elle est. Prémonitions est avant tout un suspense ludique, qui tire assez bien parti de son « pitch » de départ et capitalise sur ses retournements de situations efficaces. La mise en scène est en totale adéquation avec ce côté roublard et illustre parfaitement les visions des deux médiums avec force effets visuels et de montage.

Si les quelques trouvailles esthétiques de la mise en images des visions – la démultiplication des personnages en fonction des différentes possibilités qui s’offrent à eux, ou encore la récurrence d’images fortes parsemées comme autant d’indices annonçant la grande confrontation finale – constituent l’une des forces indéniables de ce film par ailleurs très modeste, Anthony Hopkins et son bagage filmographique en forment une autre. Il est impossible de ne pas penser au Silence des agneaux tant Prémonitions en rejoue des thèmes et des scènes. Dès la première confrontation entre Hopkins et la jeune femme agent du FBI, il ne fait plus aucun doute que le film jouera à fond cette carte de la référence et de la nostalgie.

C’est donc au cinéphile joueur – et un poil indulgent – que s’adresse prioritairement le film d’Afonso Poyart. Mais au bout d’une enquête musclée et rythmée, pas exempte de défauts et d’incohérences constitutives du genre, Prémonitions dévoile dans sa dernière partie un visage moins lisse, et un propos presque politique. S’il est difficile d’en parler sans dévoiler un rebondissement majeur, disons que le titre original (Solace, traduisez « réconfort, soulagement ») apporte un éclaircissement sur le sujet. Voici donc un bien curieux petit film, a priori balisé et insignifiant, et au final inventif et engagé.

Thibaut Grégoire

 

Retrouvez cette critique sur Le Suricate Magazine

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