Critique et analyse cinématographique

« Mustang » de Deniz Gamze Ergüven : Tradition(s) du film à sujet

Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs lors du dernier Festival de Cannes, le premier film de la turque Deniz Gamze Ergüven – largement co-produit en France et en Allemagne – a été plutôt très bien accueilli, évoquant à ses défenseurs des films tels que Virgin Suicides de Sofia Coppola ou encore Bande de filles de Céline Sciamma.

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Mustang démarre par une scène a priori anodine : cinq jeunes filles quittent l’école et se livrent à des jeux enfantins avec des camarades de classes. Mais la scène est vue et rapportée par une voisine, et le fait que les filles montent sur les épaules des garçons est interprété par la communauté comme un acte de masturbation, dans une société où la virginité est encore considérée comme une chose à protéger absolument. Les cinq sœurs sont alors progressivement cloîtrées dans la maison familiale, en attendant d’être toutes mariées, chacune à leur tour.

Petit à petit, le film épouse le point de vue de la cadette, qui voit l’une après l’autre ses sœurs mariées plus ou moins contre leur gré, et qui se prend à rêver de fuir le joug familial et communautaire afin de gagner Istanbul. Si ce choix permet d’apporter un regard innocent et en découverte sur le poids des traditions, il enferme aussi quelque peu le récit, risquant de réduire celui-ci à une quête de liberté face à la tyrannie des institutions religieuses et patriarcales.

Il y a presque inévitablement une part de manichéisme dans l’opposition et le fossé qui se creuse de plus en plus entre les filles et le rang dans lequel on veut les faire rentrer. De même, les cinq sœurs semblent chacune endosser un rôle et une fonction précise dans le scénario pour illustrer un cas de figure et une manière de réagir face à la situation.

Dans ce système scénaristique trop bien huilé, ce sont finalement les scènes de groupes – précisément celles qui font penser à Virgin Suicides ou à Bande de filles – qui donnent à Mustang son cachet et le font sortir du film à thèses un peu trop appuyé et démonstratif. Malgré tout, ces scènes-là et l’aspiration à la liberté qui parcourt le film le rendent intéressant, même si la promesse d’un beau portrait d’adolescentes a du faire des concessions à un film à sujet plus convenu, bien qu’utile.

Thibaut Grégoire

 

Retrouvez cette critique sur Le Suricate Magazine

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