Critique et analyse cinématographique

« Le Labyrinthe du silence » de Giulio Ricciarelli : Académisme historique

Dans la lignée d’œuvres comme Les Faussaires ou La Vie des Autres, Le Labyrinthe du silence fait partie de ces films allemands qui se penchent sur une période bien précise de l’histoire nationale. Dans le cas présent, il s’agit de la traque des criminels de guerre nazis dans les années 50, initiée par le procureur Fritz Bauer et le journaliste Thomas Gnielka.

Im Labyrinth

Au centre de l’action est placé un personnage fictif, Johann Radmann. Ce jeune procureur découvre le pacte du silence qui s’est créé au sein des institutions pour atténuer les faits commis dans les camps durant la guerre et protéger ainsi les responsables. Conscientisé par le discours de Gnielka et vite rallié par son supérieur Bauer, il entreprend l’instruction d’un procès qui permettra de juger les anciens officiers SS ayant servi à Auschwitz.

Le choix de raconter un événement historique par le prisme d’un personnage de fiction, qui découvre les faits en même temps que le spectateur, situe d’emblée le film comme étant volontairement didactique et adressé à un public plutôt jeune, auquel il serait bon de rappeler quelques fondamentaux de la Seconde Guerre et de la Shoah. On imagine très bien ce film être présenté à des écoles comme sujet de débats ou de dissertations, particulièrement en Allemagne.

Le rôle que le film prête au cinéma est donc celui de se pencher sur le passé, de documenter l’histoire afin de lui donner une visibilité et de mettre en lumière des héros providentiels. Cette démarche est totalement légitime et louable, et il est indéniable qu’un médium artistique peut parfaitement être assimilé à un outil d’éducation ou de conservation de la mémoire. Le problème se situe plus dans la manière dont les possibilités du cinéma sont exploitées pour parvenir à ces fins.

Car Le Labyrinthe du silence tombe malheureusement immédiatement dans les pièges du film à sujet et du film d’époque. L’académisme suinte par tous les pores d’une mise en scène engoncée, prisonnière d’enjeux scénaristiques et didactiques trop grands pour elle. Le film se veut respectueux de l’histoire et des victimes mais confond respect et recueillement, sobriété et fadeur. Ce n’est pas parce que le sujet est grave qu’aucune sortie du cadre n’est possible, qu’aucune invention visuelle ni qu’aucun moment de cinéma digne de ce nom n’est admis. Ce n’est pas non plus parce que l’action se déroule sur une période bien définie qu’il faut forcément revenir à une esthétique et une mise en scène de l’époque. Les costumes et les décors suffisent amplement à ancrer l’action dans un laps de temps bien précis et il n’est pas nécessaire de filmer et de jouer comme « jadis » pour enfoncer le clou.

Cette prédominance de l’académisme et cette absence de reliefs n’empêchent pas quelques éclats scénaristiques ou quelques digressions romancées sur la vie sentimentale du jeune procureur, mais même ces sorties de pistes s’avèrent soit grandiloquentes soit maladroites. Par exemple, faire défiler les visages des victimes des camps sur de la musique classique émouvante puis ceux des bourreaux sur une autre, plus pesante, témoigne de la lourdeur d’une mise en scène appuyée et trop dévouée à son sujet.

Il est difficile de critiquer une œuvre qui n’est parcourue que de bonnes intentions et qui aborde une thématique aussi intéressante qu’importante, mais il faut parfois savoir faire la part des choses entre le fond et la forme, aussi bien en théorie qu’en pratique.

Thibaut Grégoire

 

Retrouvez cette critique sur Le Suricate Magazine

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