Critique et analyse cinématographique

BIFFF 2015 – « Lost Soul : The Doomed Journey of Richard Stanley’s Island of Dr. Moreau » de David Gregory

Dans la série des documentaires retraçant le naufrage de la production d’un film ambitieux – Lost in La Mancha, Jodorowsky’s Dune, … –, Lost Soul est incontestablement le plus fort et le plus fou. Jamais un film n’avait été aussi loin dans la description de la guerre des égos et de la frénésie grandissante pouvant pervertir un tournage.

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Tout commence par le projet de longue haleine de Richard Stanley d’adapter L’Île du Docteur Moreau de H.G. Wells. Au milieu des années 90, Stanley a tout juste tourné deux petits films d’horreurs prometteurs (Hardware et Dust Devil) et lance la pré-production du film avec New Line Cinema sur base d’un scénario prétendument solide et subversif.

Après plusieurs changements de casting – Bruce Willis et James Woods devaient à la base donner la réplique à Marlon Brando – et quelques demandes de réécriture de la part du studio, le tournage commence finalement dans des conditions météorologiques catastrophiques. Dans ce contexte déjà tendu, la guerre des nerfs qui se joue alors entre l’acteur Val Kilmer et le réalisateur rend l’ambiance quasiment insupportable pour l’ensemble de l’équipe.

Viré du tournage, Richard Stanley disparaît alors – littéralement – du paysage, laissant place à un John Frankenheimer tyrannique et à l’arrivée de Brando, qui fait tout pour torpiller définitivement le film et exige de réécrire toutes ses scènes. Le naufrage est donc bel et bien consommé et la route est toute tracée pour donner lieu à ce qui reste dans l’inconscient collectif comme l’un des plus mauvais films de l’histoire du cinéma.

Ce qui fait la force de Lost Soul, revenant sur ce tournage cataclysmique, ce n’est pas tant sa construction – qui est celle d’un reportage classique, avec beaucoup de témoignages et d’images d’archives – mais l’ironie avec laquelle le réalisateur et la plupart des intervenants racontent cette expérience surréaliste. Emportant le spectateur dans une progression menant inévitablement au désastre, et cela avec un humour constant, le film de David Gregory dépasse le documentaire pour proposer une vraie satire des dérives de Hollywood, intensément corrosive.

Thibaut Grégoire

 

Le BIFFF se déroule du 7 au 19 avril, au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

Plus d’infos sur le site du BIFFF

2 Réponses

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