Critique et analyse cinématographique

BIFFF 2015 – « Goodnight Mommy (Ich seh, Ich seh) » de Severin Fiala et Veronika Franz

Lauréat de plusieurs prix dans divers festivals – dont Sitges et Gérardmer – ce premier long métrage de fiction du duo Fiala/Franz est produit par Ulrich Seidl. Si cette parenté peut faire très peur et trop vite catégoriser le film dans le sous-genre surestimé du film autrichien « coup-de-poing », Ich seh, Ich seh s’en éloigne, d’abord parce qu’il s’agit pleinement d’un film de genre, ensuite par l’élégance légèrement « surréelle » de sa mise en scène.

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Suite au retour de leur mère d’une opération de chirurgie esthétique, les jumeaux Elias et Lukas ont du mal à reconnaître celle-ci et imaginent peu à peu un scénario improbable selon lequel une étrangère se serait emparée de son identité. Dans un huis-clos de plus en plus oppressant au sein d’une grande maison froide et isolée, les rapports entre la mère et ses fils deviennent de plus en plus tendus, jusqu’à ce que les deux enfants mettent à exécution un plan diabolique.

Dans sa première heure, le film parvient habilement à mettre en place sa situation intenable, grâce à une mise en scène qui allie déambulations distanciées dans les pièces et couloirs de la maison et séquences fantastiques rêvées, lesquelles font basculer l’ensemble dans une esthétique de film de genre. Le malaise bascule ensuite dans le malsain, lors d’une dernière demi-heure beaucoup plus cruelle et brutale, qui conjugue le torture-porn avec le film d’auteur psychologique.

Cet aspect psychologisant de l’horreur pure n’est pas spécialement ce qu’il y a de mieux dans le film, et l’exposition de cet Œdipe inversé est parfois un tout petit peu trop insistante. De même, le rebondissement final, devant normalement pousser à relire le film entier à travers une nouvelle grille de lecture, est en fait prévisible dès les dix premières minutes, et tombe donc un peu à plat. Reste à savoir si la divulgation prématurée de ce secret à priori central n’est pas en partie volontaire. Quoi qu’il en soit, ces petites imperfections se noient au final dans un ensemble intriguant et singulier, qui laisse quelques images en tête plusieurs heures après sa vision.

Thibaut Grégoire

 

Le BIFFF se déroule du 7 au 19 avril, au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

Plus d’infos sur le site du BIFFF

2 Réponses

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