Critique et analyse cinématographique

BIFFF 2015 – « Burying the Ex » de Joe Dante

Alternant depuis plusieurs années les cachetons pour quelques séries à succès et des longs métrages plus ou moins personnels, Joe Dante reste dans l’inconscient collectif un auteur ayant su imposer sa patte et sa subversion dans le cadre très délimité des films de studios. Après avoir ausculté à sa manière les turpitudes de la famille américaine dans le très bon The Hole en 2009, c’est à la figure du couple qu’il s’attaque avec Burying the Ex.

Photo by Suzanne Tenner

Venant à peine d’emménager avec sa copine Evelyn, Max envisage déjà de la quitter, tant la manie qu’a celle-ci de vouloir à tout prix le faire changer lui tape sur les nerfs. Alors qu’il s’apprête à rompre, Evelyn se fait écraser par un bus devant ses yeux. Mais après avoir fait son deuil et esquissé une nouvelle relation avec une jeune femme lui convenant beaucoup mieux, Max constate avec horreur qu’Evelyn – ou plutôt son cadavre – a décidé de revenir d’entre les morts pour continuer à vivre un amour qu’elle pense inaltérable.

C’est littéralement comme un enfer sur terre que le scénario présente ici la relation de couple. Même avant de devenir un zombie, le personnage d’Evelyn est déjà un monstre en soi, dans la façon dont elle veut s’approprier Max et en faire sa chose. La description que fait le film de son personnage principal, enfermé dans sa bulle de grand enfant tenant une boutique de farces et attrapes, et la manière dont la femme menace cet équilibre, traduit bien la peur quasi-adolescente de l’engagement et des responsabilités qui baigne tout un cinéma pour jeunes adultes pétris de culture « geek ». Là où Joe Dante s’éloigne des conventions, c’est qu’il fait du personnage de Max son alter-ego et finit par parler de lui à travers un film de commande et le scénario d’un autre.

En effet, la passion de Max pour les vieux films d’horreur fournit le prétexte à quelques dialogues éloquents entre celui-ci et sa nouvelle petite amie. En sortant d’une projection de Cat People, les voici qui parlent du producteur Val Lewton et de sa capacité à prendre comme matériel de base un petit film d’horreur de série B pour en faire du cinéma d’auteur. On reconnaît bien là l’ambition de Dante, qui n’a eu de cesse – au travers de films comme Gremlins ou Matinee – de livrer une vision très personnelle dans des films de genre.

Burying the Ex est certes une comédie d’horreur assez efficace, à l’humour agréablement potache et régressif, mais c’est aussi un film cinéphile et mélancolique. Lors d’une déambulation nocturne dans un cimetière, les personnages citent quelques noms mythiques de l’histoire du cinéma (John Huston, Peter Lorre,…), semblant dire que ceux-ci sont comme des zombies, qu’ils reviennent éternellement à la vie. C’est une belle scène et une belle déclaration d’amour au cinéma, dans un film qui cache bien son jeu.

Thibaut Grégoire

 

Le BIFFF se tient du 7 au 19 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

Plus d’infos sur le site du BIFFF

2 Réponses

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