Critique et analyse cinématographique

« Shaun le mouton » de Mark Burton et Richard Starzack : Burlesque à modeler

Avec l’adaptation cinématographique de sa série à succès Shaun the Sheep, le studio Aardmann (Wallace et Gromit, Chicken Run) revient à un humour plus proche de ses courts et de ses moyens métrages, et s’éloigne ainsi des plus familiaux et consensuels Flushed Away et Les Pirates, coproduits par des grands studios américains.

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Comme dans la série homonyme, Shaun et son troupeau vivent paisiblement dans la ferme de Mossy Bottom, sous la surveillance bienveillante du fermier et de son chien Bitzer. Mais alors que les jours se suivent et se ressemblent, Shaun se met à rêver d’autres horizons et entraîne le troupeau dans une escapade qui finit par remettre en question toute la vie à la ferme. Par un concours de circonstances, le fermier se retrouve éloigné du foyer, frappé d’amnésie, et le troupeau se voit pourchassé par un employé zélé de la fourrière. Shaun, les moutons et Bitzer n’ont plus alors qu’à unir leur force pour rétablir les choses et regagner leur confort initial.

Le grand défi de ce film d’animation atypique est de proposer un divertissement pour enfants et pour adultes qui soit entièrement sans dialogues. Si ses principales influences se situent dans un cinéma burlesque classique (Chaplin et Keaton, mais aussi Tati), Shaun le mouton déploie finalement une palette assez large de types d’humour différents, pour être sûr de ne jamais larguer aucun de ses publics. Si tout reste essentiellement visuel et sonore – le film ne néglige jamais la puissance gaguesque des bruits –, le rire peut à la fois survenir d’une simple chute, d’une invention visuelle inédite – le fermier s’endormant en voyant ses moutons sauter une barrière – où même d’un gag gratuit, voire scatologique, a priori destiné aux enfants mais qui fait évidemment rire tout le monde.

Cette dispersion dans les styles d’humour peut déstabiliser et rend parfois le film étrange, hybride. Mais cette étrangeté fait finalement son charme et l’éloigne du formatage de films d’animations plus racés et lisses. L’esthétique et la technique même de l’animation en pâte à modeler résonnent également dans l’imaginaire du cinéphile car elles renvoient inconsciemment aux origines du cinéma. Le découpage dans le mouvement et le filmage morcelé qui sont constitutifs de sa pratique découlent clairement des « trucs » inventés par Méliès et que l’on retrouve dans tout le cinéma des attractions. Partant de là, il était inévitable qu’Aardman, référence incontestée en la matière, s’attaque un jour au genre burlesque. C’est chose faite avec Shaun le mouton.

Thibaut Grégoire

 

Retrouvez cette critique sur Le Suricate Magazine

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