Critique et analyse cinématographique

« Fast and Furious 7 » de James Wan : Film-bulldozer

Quatorze ans après le premier épisode, on se rend compte que l’on est déjà au septième volet de la série des Fast and Furious… du moins si l’on s’intéresse à ce type de produit très calibré et bas de plafond. Mais cet opus contient un intérêt supplémentaire, puisqu’il a dû composer avec le décès tragique de l’un de ses acteurs principaux – Paul Walker, dans un accident de voiture en 2013. L’enjeu était de savoir comment le film allait traiter son personnage, aussi bien techniquement que scénaristiquement.

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L’intrigue de ce septième épisode tient bien évidemment sur un timbre-poste. Alors que le violent et imprévisible Deckard Shaw traque sans relâche tous les membres de l’équipe de Dominic Toretto et Brian O’Conner, ceux-ci se retrouvent malgré eux aux centre d’un affrontement entre une division obscure des services secrets et une organisation terroriste, convoitant chacune le même programme informatique.

Dès les toutes premières minutes du film, le spectateur est rassuré – ou atterré, c’est selon – sur ce qu’il est venu voir : les grosses voitures customisées, les filles en minishorts et les acteurs bodybuildés sont bien tous au rendez-vous, le tout dans une réalisation très proche des clips de rap – James Wan, réalisateur de Saw et d’Insidious, semble être bien rentré dans le rang. S’il ne réserve aucune surprise à cet égard, le film permet tout de même de s’apercevoir que le casting de la saga a bien évolué depuis ses débuts, faisant de Fast and Furious une sorte de succursale des Expendables. En effet, si l’on retrouve Jason Statham – présent dans les deux franchises – dans le rôle du méchant, on se rend également compte que presque toutes les stars de films d’action qui ne sont pas dans l’écurie de Stallone se retrouvent dans celle-ci – Vin Diesel, Dwayne « The Rock » Johnson, Djimon Hounsou et même Kurt Russell. Cet aspect-là a également fait évoluer la série vers quelque chose de plus musclé, avec une pléthore de scène d’actions en face à face, en plus des séquences de course-poursuite constitutives des premiers épisodes.

Malgré tout, le spectateur n’ayant pas un attrait démesuré pour les belles cylindrées risque de tomber assez vit dans un ennui végétatif devant ce déluge de tôles froissées et de pneus qui crissent. Il se prendra alors à laisser son esprit vagabonder sur des détails scénaristiques ou visuels. Comme par exemple, la manière presque perverse avec laquelle le film joue sur la connaissance du décès réel de Paul Walker pour créer un suspense légèrement morbide quant au destin de son double fictionnel. On voit en effet celui-ci échapper à la mort à de nombreuses reprises, ce qui crée une véritable attente, légèrement malsaine, mais que le film prendra finalement à rebrousse-poil.

Dans un même esprit, une séquence en particulier peut mener à une lecture ironique de ce que représente ce genre de films. En effet, lorsque la voiture conduite par Vin Diesel traverse trois grattes ciels d’Abou Dhabi – au-delà de l’imagerie des attentats du 11 septembre, qui semble avoir été ici digérée, voire oubliée, au point d’être reprise de manière totalement « premier degré » dans un blockbuster – et atterri dans une salle d’exposition, fracassant au passage quelques statues orientales en terre cuite, les plus farouches opposants de ce type de cinéma-bulldozer pourraient y voir une allégorie ironique et involontaire du rouleau-compresseur que représente Fast and Furious, écrasant la culture sur son passage.

En bout de course, et en ayant beaucoup digressé autour d’un film qui n’est en fin de compte qu’un divertissement décérébré – excellent si on le regarde à travers un prisme exclusivement technique, désolant si l’on y cherche un tant soit peu de cinéma – on peut aussi reconnaître que les dernières scènes de Fast and Furious 7, en forme d’hommage à Paul Walker, lui donnent une dimension tout à fait inédite. Voir la montagne de muscle Vin Diesel devenir tout d’un coup extrêmement mélancolique et sentimentale, en évoquant son « frère » qui a pris une autre route mais reste présent dans son cœur, change totalement la vision très machiste et stéréotypée que propose le reste du film sur ses « action-stars ». Le dernier plan du film, allégorie sur le destin de Walker et de son personnage, est même tout simplement émouvant.

Thibaut Grégoire

 

Retrouvez cette critique sur Le Suricate Magazine

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