Critique et analyse cinématographique

« Le Dernier coup de marteau » d’Alix Delaporte : Naturalisme lyrique

Second film d’Alix Delaporte – après Angèle et Tony en 2010 – Le Dernier coup de marteau suit le parcours de Victor, 13 ans, tentant de renouer avec son père chef d’orchestre, qu’il n’a jamais connu. Le film décrit un moment charnière de la construction personnelle de l’adolescent, partagé entre ce père surgit de nulle part, et pour qui cette paternité soudaine est également difficile a appréhender, et une mère atteinte d’un cancer avec qui il vit dans un mobile home en périphérie de Montpellier.

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Si la démarche d’Alix Delaporte était déjà palpable dans le projet de son premier long métrage, elle se précise ici et trouve un meilleur équilibre entre naturalisme social et romanesque intimiste. Le scénario délimite une tranche de vie sans marquer clairement un début et une fin. Dramaturgiquement, le choix de démarrer le film après la révélation initiale de sa mère à Victor quant à l’identité de son père plonge le spectateur au cœur d’une action en train de se dérouler et dont il découvre par bribes les tenants et aboutissants, sans que rien ne lui soit expliqué frontalement. Ce procédé renforce le sentiment d’être témoin d’un vécu en cours, encore accentué par le final en suspension.

Il y a un réel parfum d’authenticité dans Le Dernier coup de marteau, lequel est pourtant conçu dans un esprit d’artificialité. Le scénario est en effet très écrit, les dialogues très précis et la structure très calculée. Le jeu des acteurs est également empreint d’une affection plus proche du théâtre que d’un cinéma social réaliste comme le font par exemple les frères Dardenne. Mais c’est précisément ce décalage entre l’intention et le rendu qui crée un ton et un style particuliers, provoquant finalement l’émotion.

Le film met en exergue cette dichotomie en opposant constamment les scènes avec la mère, baignées dans ce naturalisme parfois pesant et charriant des thèmes proches des clichés du genre – maladie, précarité, etc. –, et celles avec le père, ancrées dans un milieu artistique et bercées par la musique de Mahler, qui apporte une impulsion lyrique à l’ensemble. La fin ouverte organise d’ailleurs la rencontre presque inespérée de ces deux univers contradictoires, lorsque la musique vient souligner un échange complice entre la mère et son fils.

Thibaut Grégoire

 

Retrouvez cette critique sur Le Suricate Magazine

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