Critique et analyse cinématographique

« Cinquante nuances de Grey » de Sam Taylor-Johnson : Propagande anti-féministe

Au moment où sont écrites ces lignes, le succès de l’adaptation cinématographique de Cinquante nuances de Grey est déjà avéré, et prédit de longue date puisque l’on se trouve là devant un phénomène dépassant largement le cadre du cinéma. Mais ayant traversé la frontière d’un genre de littérature très précis et ciblé pour investir un autre médium, le livre d’E.L. James s’expose donc à une critique et à une analyse élargie, qui prend en compte à la fois les problématiques thématiques et sociétales du récit, et l’aspect purement esthétique de sa mise en images.

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Si le film de Sam Taylor-Johnson excède à ce point les limites de la réception classique d’une œuvre cinématographique, c’est parce qu’il a su créer un engouement a priori venant du lectorat des livres, et d’un public majoritairement féminin, cœur de cible du projet. Mais c’est précisément cet aspect qui soulève les interrogations, au vu de ce que montre et dit le film, lequel transpose fidèlement ce qui était véhiculé dans le livre.

Cinquante nuances de Grey suit donc l’initiation sexuelle d’une jeune fille innocente par le non moins jeune et séduisant Christian Grey, playboy milliardaire adepte de pratiques sadomasochistes. Totalement incapable de se lancer dans une relation amoureuse dite « normale » avec sa partenaire, celui-ci exige d’elle qu’elle signe un contrat lui permettant d’en faire son esclave sexuelle et de lui administrer toutes sortes de punitions et autres châtiments corporels censés être bénéfiques au plaisir des deux parties.

Autant dire que cette prémisse et ce qu’elle suggère va à l’encontre de toute forme d’émancipation de la femme, et que l’on peut même parler de régression des valeurs. Il est assez aberrant de voir en 2015 un film faisant l’apologie de la domination masculine, qu’elle soit sexuelle ou autre. L’idée de réglementer la maltraitance par un contrat revient à dire que dans le cadre d’un contrat de mariage, le mari a le droit de faire ce qu’il veut de sa femme. Qu’un tel monceau d’inepties soit livré en pâture et accepté par la gente féminine laisse songeur.

Le riche milliardaire a le droit de laisser s’exprimer ses pulsions et la jeune pucelle se jette dans ses bras sans rechigner. Ces clichés sortent tout droit d’un imaginaire érotique machiste et exclusivement masculin, dans lequel l’homme est surpuissant et les services sexuels lui sont dus. À une époque où l’on suit en direct un procès médiatique, visant justement à démonter ce genre d’idées à la vie dure, sortir un tel film relève de l’anachronisme, voire de la bêtise.

Thibaut Grégoire

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