Critique et analyse cinématographique

« Toute première fois » de Noémie Saglio et Maxime Govare : Éloge de la normalité

Premier long métrage de cinéma de Noémie Saglio et Maxime Govare – qui ont fait leurs armes à Canal Plus – Toute première fois porte bien son titre puisqu’il est aussi le premier film français intégrant un mariage gay dans la mécanique de son scénario. Mais ce vaudeville tendant vers la comédie romantique aspire à prendre le problème à rebours, afin de se faire passer pour plus malin qu’il n’est.

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Quand Jérémie, 34 ans, se réveille un matin aux côtés d’une charmante suédoise, sa vie se voit bouleversée car il est sur le point de se marier avec un homme et assume son homosexualité depuis l’âge de quinze ans. Déchiré entre l’amour qu’il porte à son futur mari et le trouble de plus en plus grand qu’il éprouve pour la jeune femme, il se retrouve pris dans un engrenage de mensonges et de faux semblants, entraîné par son meilleur ami Charles, hétéro beauf par excellence.

On a bien compris que l’ambition de Toute première fois est de prendre son sujet à l’envers afin d’en faire une base de comédie, à savoir poser l’homosexualité comme la norme pour le personnage principal, et l’hétérosexualité comme la question taboue. Le film passe d’ailleurs en revue tous les passages obligés de l’acceptation de sa sexualité, des interrogations quant à l’attirance qu’éprouve Jérémie pour une femme à l’angoisse suite à une première fois mal assumée, en passant par l’inévitable coming-out inversé devant une famille catastrophée d’apprendre que le fils « différent » qui faisait leur fierté est finalement comme tout le monde.

C’est d’ailleurs précisément ce dispositif – idée de scénariste roublard qui croit avoir inventé la poudre – qui constitue la tare principale de Toute première fois puisque, au lieu de porter un regard neuf sur une problématique vaste et complexe, il dérive sur une espèce d’éloge de la normalité, dans lequel le but ultime serait malgré tout de fonder une famille traditionnelle et de ne pas dépasser du cadre. Si l’on peut a priori mettre à l’actif du film sa volonté de représenter des homosexuels qui ne seraient absolument pas maniérés et se comporteraient en couple comme de vieux copains, cette démarche finit également par poser question. Car ce que dit le film au bout du compte, c’est que les homos ne sont en fait ni plus ni moins que des hétéros comme les autres. Dans cet aplanissement de l’homosexualité, il n’y a donc plus de place pour la différence, pour la revendication ou tout simplement pour l’affirmation d’une identité.

Au-delà de ces considérations, on peut également penser qu’un film français dont le principal enjeu est de savoir si, oui ou non, son protagoniste doit épouser un autre homme ne passe pas forcément le bon message dans un pays qui vient d’adopter le mariage gay, non sans polémiques. Et les questions idiotes de l’ami hétéro caricatural, du style « Quand on est homo, comment est-ce qu’on sait si on est actif ou passif ? », ne font qu’accentuer le malaise. C’est comme si les auteurs/réalisateurs refusaient de se couper d’un public pas forcément ouvert d’esprit et qui ne serait amené à accepter la question de l’homosexualité dans une comédie qu’à travers un prisme 100% hétéro.

Après ces réflexions d’ordre éthique plus que cinématographique, il faut également dire que le scénario d’apparence si bien huilé de Toute première fois ne fonctionne malheureusement pas, que les grosses ficelles qu’il emprunte au théâtre de boulevard rendent les rares rebondissements prévisibles à des kilomètres et que la réalisation toute en champs contre-champs et en éclairages de sitcom ne relève pas le niveau. Il est assez douloureux de constater qu’un premier film de cinéma soit aussi peu enclin à profiter des spécificités de son média et à en exploiter toutes les possibilités. Pas sûr que la récente récompense obtenue par le film au Festival de l’Alpe d’Huez soit une bonne nouvelle pour l’avenir de la comédie française.

Thibaut Grégoire

 

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