Critique et analyse cinématographique

« Valentin Valentin » de Pascal Thomas : Whodunit misogyne

Avec Valentin Valentin, Pascal Thomas couple deux de ses dadas : le film choral de quartier – dans la veine de Mercredi, folle journée ou du Grand appartement – et le « Cluedo » à l’ancienne – dans celle de ses récentes adaptations d’Agatha Christie.

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En adaptant ici un roman de Ruth Rendell (La Maison du lys tigré), Thomas dresse le portrait d’un voisinage d’apparence très confraternelle, dont tous les membres gravitent autour d’un nouveau venu dans l’immeuble principal, le jeune Valentin. Tout le monde semble apprécier Valentin, les hommes le trouvant sympathique et les femmes tombant pratiquement toutes sous son charme. Pourtant, le film indique dès le premier plan que celui-ci a été tué et constitue donc un grand flashback distillant ça et là des indices sur l’identité du coupable et brouillant les pistes sur les différentes raisons que telle ou telle personne aurait eues de s’en débarrasser.

Finalement, ce n’est pas tant de savoir qui a tué qui intéresse le cinéaste – et supposément son spectateur – que de brosser une galerie de personnages hétéroclites, chacun prétexte à des fantaisies et des perversions en tous genres. De la mère fantasque au jardinier pédophile, en passant par la bourgeoise nymphomane, tous les archétypes et les clichés semblent y passer comme autant de parangons des petites névroses ordinaires. Si tout cela donne davantage naissance à une enfilade de saynètes plus ou moins inspirées – et a des digressions musicales et picturales permettant à Pascal Thomas de filmer sa fille (Victoria Lafaurie) en bon népotiste – qu’à une véritable intrigue policière, le film se laisse éventuellement suivre sans déplaisir mais sans réel intérêt, de manière distraite et en prenant ça et là ce qui n’est pas à jeter.

Mais ce qui frappe le plus à la vision de Valentin Valentin, et qui semble avoir échappé à beaucoup – y compris à ses actrices principales – c’est à quel point le film est l’œuvre d’un incorrigible misogyne. Depuis la toute première scène, dans laquelle tous les habitants du quartier s’insurgent qu’une femme-flic pose nue dans un parc voisin, les personnages sont constamment déstabilisés par la nudité féminine – pourtant assez présente dans le film –, qu’il s’agisse du personnage de François Morel, satire fantasmant sur des petites filles, ou de Valentin lui-même, qui finit par repousser sa maîtresse aux avances trop pressantes. Ce pauvre Valentin, double fictionnel de Thomas, est d’ailleurs clairement mené à sa perte par la collectivité des femmes qui l’entoure, tout bonnement dépeintes comme une horde de furies en proie à tous les vices – orgueil, envie, luxure,… tout y passe. Qu’un tel étalage d’élucubrations phallocrates passe inaperçu à notre époque laisse songeur.

Thibaut Grégoire

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