Critique et analyse cinématographique

« La Rançon de la gloire » de Xavier Beauvois : Rire triste / Hommage discret

Trois ans après Des Hommes et des dieux, succès à la fois critique et public, Xavier Beauvois revient à quelque chose de plus modeste en s’intéressant à un fait divers a priori sordide, mais dont il tire une comédie bizarre, entre désillusion sociale et morale finalement optimiste.

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Benoît Poelvoorde et Roschdy Zem incarnent deux marginaux qui, suite à la mort de Charlie Chaplin, ont l’idée saugrenue de voler sa dépouille et de demander une rançon à la famille. Si la base narrative apparaît immédiatement comme glauque, le film tend plutôt à en faire le prétexte d’une comédie sociale, dans laquelle la drôlerie – parfois ambigüe – naît du surréalisme de certaines situations.

Toute la première partie du film et le traitement de ces personnages d’inadaptés tentant de se débattre avec leur condition posent question car le regard qui est posé sur eux n’est pas assez clair pour que l’on puisse directement déterminer si l’on se trouve dans l’empathie ou dans la moquerie. Alors que les scènes semblent constamment passer de l’une à l’autre, c’est finalement vers une troisième voie que semble se diriger le film, dans laquelle il s’achève avec plus de dextérité, à savoir la sympathie. Le ton juste est finalement trouvé dans un rire complice, jamais très éloigné d’une certaine tristesse ou de la mélancolie.

C’est également dans sa dernière partie que le film dévoile son hommage discret au cinéma de Chaplin – déjà présent dans sa thématique du petit homme face au rouleau compresseur de la société. Après la clôture du fait divers, l’un des deux personnages repartira vers l’horizon et vers sa vie, comme dans Les Temps modernes, tandis que l’autre deviendra clown dans un cirque, comme dans Les Feux de la rampe dans Le Cirque. Quoi qu’il en soit, ils auront retrouvé leur dignité dans un « Happy End » noble et sans cynisme.

Par le hasard des sorties, on se trouve confronté en deux semaines à des hommages adressés à des cinéastes par d’autres : à savoir celui de Beauvois à Chaplin et celui de Ferrara à Pasolini. Même si on préfère le geste, le style et le point de vue de Ferrara, on peut paradoxalement trouver la démarche de Beauvois plus humble et reconnaître dans sa simplicité une marque de l’esprit d’enfance qui a également œuvré dans le cinéma de Chaplin. Beauvois n’est sans doute pas un auteur majeur, mais il semble avoir trouvé ici une position d’artisan qui lui va plutôt bien.

Thibaut Grégoire

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