Critique et analyse cinématographique

« The Disappearance of Eleanor Rigby : Him/Her » de Ned Benson : Une certaine idée de l’auteurisme

Pour son premier long métrage, l’américain Ned Benson en a finalement réalisé trois. The Disappearance of Eleanor Rigby est subdivisé en deux parties, Him et Her, décrivant chacune le point de vue d’un des deux personnages principaux sur les mêmes événements. Un troisième film, Them, compile les points de vues et donc les images des deux précédents films.

THE DISAPPEARANCE OF ELEANOR RIGBY

La trame est assez simple : suite au deuil récent d’un enfant, une femme quitte son mari sans plus d’explications. Chaque film suit son protagoniste dans sa quête individuelle – se reconstruire pour la femme, retrouver son épouse pour le mari – et les deux lignes narratives se rejoignent trois ou quatre fois. Les deux films ont donc des scènes en commun, et c’est principalement dans ces moments que se situe l’intérêt. Ce sont les petites différences, dans les attitudes ou les dialogues, qui donnent une certaine force à l’ensemble. Ils révèlent que c’est la perception d’un personnage et de ses actes par un autre qui est livrée par les dialogues et la mise en scène, et non une réalité objective qui serait inaltérable. Dans l’une des scènes dédoublées, la femme dit que la mémoire est une chose bizarre, en évoquant le visage de son enfant décédé dont elle ne se souvient plus avec précision. La mémoire semble en effet être la clé des deux films et de leurs raccordements. The Disappearance of Eleanor Rigby, dans sa globalité, n’est pas tant un film sur le vécu individuel que sur ce qu’il en reste, sur le souvenir.

Il y a assurément des choses intéressantes dans le(s) premier(s) film(s) de Ned Benson – comme par exemple la relation de l’homme et de la femme avec leurs pères respectifs, chacun présent uniquement dans une partie spécifique alors que la mère traverse cet espace – mais c’est finalement son positionnement de film d’auteur qui l’enferme dans quelque chose de figé et de factice. Ned Benson semble se faire une idée très précise de ce que doit être un film d’auteur « à l’européenne » et vit donc son rêve d’« auteurisme » européen par procuration. Ce mimétisme béat se traduit par de longues scènes dialoguées abordant les choses de la vie, par une francophilie de bon aloi et par des citations bien pratiques de films français – les affiches de Masculin, féminin et d’Un homme et une femme, disposés ça et là comme des gadgets « clin d’œil ». Le projet se prend dès lors immanquablement les pieds dans le tapis car il ne sera jamais ce qu’il aspire à être : un film européen. Cette tare est surtout décelable dans la partie Her et rend celle-ci profondément agaçante, même si elle est portée par la toujours captivante Jessica Chastain. The Disappearance of Eleanor Rigby ne prend sens et n’a véritablement d’intérêt que dans la résonance entre ses deux volets. C’est donc le concept plus que les films qui est réussi.

Thibaut Grégoire

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