Critique et analyse cinématographique

« Pasolini » d’Abel Ferrara : Autoportrait

À 63 ans, Abel Ferrara semble être dans un élan créateur et dans une nécessité constante de tourner. Quelques mois seulement après l’inégal et controversé Welcome to New York, il livre sa vision des dernières heures de Pier Paolo Pasolini et lui rend un hommage vibrant doublé d’un autoportrait apaisé.

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Une double lecture est applicable au Pasolini de Ferrara. C’est à la fois une œuvre de recueillement, une reconnaissance adressée à un cinéaste par un autre, et une tentative de description de soi au travers du parallèle avec une figure mythique. Dans la première idée, Ferrara va plus loin que le simple hommage puisqu’il met carrément en images des scènes que Pasolini lui-même n’a pas pu filmer : des extraits de son dernier roman et de son dernier scénario. On peut polémiquer sur le fait de savoir si s’emparer des images d’un autre artiste pour les montrer au monde est un acte de générosité ou une dépossession, mais il ne fait aucun doute que la démarche est sincère.

Même si le film a cette dimension documentaire, par la présentation d’écrits inédits, il est finalement plus un témoignage de Ferrara sur lui-même et sur sa propre création que sur Pasolini. En effet, l’autoportrait de l’auteur sous les traits de sa figure tutélaire – et de son acteur fétiche, Willem Dafoe – ne fait aucun doute, particulièrement dans les scènes d’interviews, filmées comme des confessions, et dans lesquelles Pasolini/Dafoe/Ferrara parle de son œuvre. À la question d’un journaliste qui lui demande ce qui lui resterait à faire si, d’un coup de baguette magique, il pouvait faire disparaître tout ce qui lui déplaisait dans la société, Pasolini répond qu’il lui resterait tout, dont ses films et ses livres. Pasolini/Ferrara dit alors, face caméra, qu’il continuerait à tourner quoi qu’il arrive puisque c’est une de ses raisons d’exister.

Cet aveu est émouvant, d’autant plus quand on sait que Ferrara peine parfois à trouver du financement, mais qu’il parvient néanmoins souvent à mener à bien ses projets fous, que ce soit ce Pasolini ou le précédent Welcome to New York. Si l’on peut avoir du mal à cerner Ferrara et son cinéma, cédant parfois aux excès mais dans un élan créateur constant, force est de constater qu’il a trouvé dans cet autoportrait en creux une forme d’apaisement, qui se traduit aussi par une certaine fluidité de filmage et de montage. Contre toute attente, Pasolini est un film « agréable » à regarder, dans l’acceptation la plus noble du terme.

Thibaut Grégoire

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