Critique et analyse cinématographique

« Exodus : Gods and Kings » de Ridley Scott : Conventions perdues

Depuis le succès de Gladiator en 2000, Ridley Scott essaye régulièrement de refaire un grand péplum guerrier, dans la même lignée. Exodus : Gods and Kings fait partie du versant biblique de ce sous-genre, dont la renaissance au sein d’un Hollywood actuel est toute relative.

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La première question qui se pose, dès les premières minutes d’Exodus est : « Comment peut-on encore, en 2014, faire un film dans lequel des acteurs anglo-saxons sont grimés pour ressembler à des Égyptiens ? ». Effectivement, les conventions qui ont perduré pendant de longues années dans le classicisme hollywoodien semblent avoir fait long feu, bien que la difficulté de les intégrer dans des divertissements populaires, imputable à la dictature de la vraisemblance ou au politiquement correct, est en soi contestable. Mais cela n’enlève rien au fait que se retrouver devant un acteur blanc déguisé en arabe renvoie à une époque révolue dans l’histoire de la représentation des hommes et des cultures.

Au-delà de cette première réserve, immédiate et presque instinctive, le recours à l’allégorie biblique – le film est une énième illustration de l’exode des Hébreux, conduits par Moïse – pourrait donner au film un certain droit à utiliser ces conventions a priori éculées, sous le prétexte qu’il se situe dans une lignée de représentation de mythes ou de légendes, et qu’ils ne répond donc pas nécessairement à des impératifs de respect du réel. Mais le choix qui est fait ici d’aplanir, voire de rationaliser, tout le versant fantastique – divin – du récit, entre en totale contradiction avec cette idée.

C’était la démarche inverse qu’adoptait le Noah de Darren Aronofsky, en inscrivant le mythe biblique dans une véritable dimension fantastique, déplaçant le récit sur un terrain explicitement fictionnel, et écartant dès lors le risque du prosélytisme. Paradoxalement, la décision de démythifier la quête de Moïse – il est présenté comme schizophrène et les plaies d’Égypte sont expliquées par des phénomènes naturels – revient à la légitimer, si bien que celle-ci apparaît in fine comme forcément véridique.

Enfin, Exodus se montre assez ambigu, voire hypocrite, au sujet de la religion. Ce type de production est entièrement dédié à la perpétuation du culte et des croyances, mais le cinéaste Ridley Scott et ses scénaristes semblent rechigner à livrer tel quel un épisode de la Bible sans y apporter leur commentaire distancié ou critique. Ainsi, on entendra Ramsès invectiver Moïse en lui demandant pourquoi son Dieu s’en est pris à des enfants innocents. Mais cette digression est vaine, tant elle s’inscrit dans un ensemble tout acquis à la cause de son sujet. Plus grave, la vision a posteriori de l’histoire qu’adopte le film lui donne un côté moralisateur tout à fait inapproprié, notamment lors d’un dialogue ridicule dans lequel Moïse semble prévoir la situation actuelle au Proche-Orient. À trop vouloir en faire, la superproduction de Ridley Scott finit donc par perdre sur tous les tableaux.

Thibaut Grégoire

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