Critique et analyse cinématographique

FILM FEST GENT 2014 – « L’Institutrice » de Nadav Lapid

Deuxième long métrage de l’Israëlien Nadav Lapid, L’Institutrice est un film sur la puissance des mots qui, en tant que tel, peut s’avérer déceptif comme passionnant, et cela au gré même de la vision.

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Enseignante de maternelle et passionnée de poésie, Nira découvre que Yoav, l’un de ses jeunes élèves, est traversé de temps à autre par des sortes de transes dans lesquelles il invente et récite des poèmes sur la vie, l’amour et la mort, comme le ferait un adulte. Obsédée par l’idée de cultiver le don de Yoav et de le protéger dans un monde qui n’aime plus la poésie, elle en vient à essayer de le façonner à sa manière.

L’idée du film est venue à Lapid en relisant des poèmes qu’il avait lui-même dicté à sa nourrice entre cinq et six ans, et ce sont ces mêmes textes qui sont dits à l’écran. On peut douter de la légitimité, voire même de l’authenticité de ces textes, mais la façon dont ils sont utilisés dans le film n’amène pas au jugement esthétique. Il ne s’agit d’ailleurs pas du portrait d’un jeune prodige au talent imparable, mais plutôt de l’apparition de la parole dans un phénomène quasi surnaturelle, et de la manière dont quelqu’un va tout tenter pour sauver la pureté de ce « miracle ».

Paradoxalement, ce sont des scènes secondaires, des à-côté qui marquent le plus dans L’Institutrice, ainsi que la manière dont Lapid tend à fendre le quatrième mur en laissant les enfants regarder la caméra dans des plans subjectifs ou en la faisant bousculer par un acteur dès la première minute du film. De cette manière, il acte le fait que le discours du film nous regarde, qu’il s’applique aussi à notre monde et à nos vies, et nous invite bel et bien à regarder – ou à entendre – la poésie comme un miracle. Dans cette démarche et son point de vue, le film est une réussite, même s’il peut parfois décevoir par la trop grande transparence de certains dialogues ou la froideur générale qu’il dégage.

Ce qui est certain, c’est que L’Institutrice donne a réfléchir après sa vision, même si l’on n’est pas toujours sûr du sens qu’il faut lui donner. La scène finale est d’ailleurs assez ambigüe, puisqu’elle arrache Yoav des mains de son institutrice pour le rendre à celles de la société israélienne, incarnée par les forces de police. Dans les bras d’une femme policier, il traverse les couloirs d’un hôtel et les abords de sa piscine, chantre de la superficialité et de la vulgarité représentée par un infâme tube « dance » des années 90 qui accompagne cette séquence et entame le générique de fin, comme pour marquer le basculement dans le néant. On peut y voir une critique désespérée de l’époque, mais on peut aussi y voir un élan réactionnaire.

Thibaut Grégoire

 

Le Film Fest Gent se déroule du 14 au 25 octobre

Plus d’infos sur le site du festival

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