Critique et analyse cinématographique

FIFF 2014 – « Timbuktu » d’Abderrahmane Sissako

Présenté en mai dernier à Cannes où il fut louangé par la critique mais duquel il partit sans prix, Timbuktu fait partie de ces films dont on se sent d’emblée obligé d’adhérer au message. Décrivant le joug sous lequel se trouve Tombouctou, régit par les lois absurdes des intégristes, le film oscille sans cesse entre vrais moments de cinéma et démonstration appuyée.

timbuktu-le-chagrin-des-oiseaux-timbuktu-2014-7-g

Durant toute la première partie, le récit alterne les séquences dans la ville – scènes à la fois cruelles et absurdes dans lesquelles les intégristes semblent ne pas bien comprendre ce qu’ils font, et les habitants opprimés se livrent à des astuces et des stratagèmes pour continuer un semblant de vie normale – et les séquences dans le désert, en compagnie de Kidane, de sa famille et des ses animaux, qui échappent encore au contrôle des radicaux. Cette partie constitue ce qu’il y a de mieux dans le film, passant de manière assez fluide de situations comiques – le jeune intégriste se faisant réprimander par son aîné parce qu’il ne met pas assez de conviction à dire devant une caméra qu’il a renoncé à vivre dans le péché et à faire du rap – à des moments plus poétiques – le match de football sans ballon – ou à des scènes graves de répression envers les femmes.

Si la teneur du discours est déjà limpide dans cette première heure, Sissako semble vouloir l’appuyer davantage dans sa deuxième partie, en faisant se rencontrer le monde de Kidane et l’injustice des lois intégristes. Dès lors, le film n’évite plus les pièges d’un cinéma à sujet pesant, et verse même dans le chantage sentimental lors d’une scène d’interrogatoire dans laquelle Kidane s’inquiète de l’avenir de sa fille. Timbuktu est très certainement un film utile, à la fois pour une prise de conscience mondiale qui a parfois besoin que l’on mette les points sur les i pour se déclencher, et aussi pour le cinéaste qui exorcise ainsi toute sa frustration envers la situation de son pays. Mais l’horreur ne souffre pas toujours le poids de la fiction et les artifices de scénario ne font que mettre en évidence l’incapacité d’aborder certains sujets sans sombrer dans le didactisme démonstratif.

Thibaut Grégoire

 

Le FIFF se tient du 3 au 10 octobre, à Namur.

Plus d’infos sur le site du FIFF

Publicités

2 Réponses

  1. Pingback: Sorties Cinéma – 17/12/2014 | CAMERA OBSCURA

  2. Pingback: Tops et flops de 2014 | CAMERA OBSCURA

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s