Critique et analyse cinématographique

FIFF 2014 – « Métamorphoses » de Christophe Honoré

En adaptant Les Métamorphoses d’Ovide et en transposant les figures et les récits mythologiques dans une contemporanéité épurée, Honoré réinvente son cinéma et produit une œuvre réflexive sur la pratique de celui-ci.

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On a souvent collé à Christophe Honoré une étiquette de cinéaste post-Nouvelle Vague faisant des films avec en tête un idéal pour certains dépassé. Mais si ses derniers films – et particulièrement Les Biens aimés – se situaient pleinement dans une imitation du mélodrame de Jacques Demy, son nouvel opus est plus à ranger du côté de Godard, voire, dans une lignée encore plus radicale, de Huillet et Straub.

Le cinéaste aurait donc rangé son goût du spectacle flamboyant et monstratif au profit d’une veine plus sèche et déstructurée. Au vu des premières séquences du film, du choix de comédiens non-professionnels et de la simplicité des effets, on pourrait effectivement penser qu’Honoré change totalement de style. Mais au final, il livre peut-être un de ses films les plus visuels et formalistes, tout en musclant son discours sur son idéal de cinéma.

Divisé en trois parties, le film suit le parcours d’Europe et ses rencontres successives avec Jupiter, Bacchus et Orphée, respectivement camionneur, jeune satyre vaguement proxénète, et harangueur de foules. Chaque épisode est lui-même parcourus de divers récits enchâssés et les mythes de Narcisse, Io ou encore Hermaphrodite sont charriés. Leur transposition dans une banlieue indéterminée et le dépouillement du jeu des acteurs sont mis en opposition constante avec la beauté fulgurante ou bizarre de certaines visions, comme celle de l’homme aux cent yeux où le buffet orgiaque apparu aux vieillards. Le travail sur les oppositions purement cinématographiques apparaît jusque dans les contrechamps, et les métamorphoses des hommes en animaux ou en végétaux surviennent sans artifices, dans la simple juxtaposition de deux plans.

C’est finalement du pouvoir simple et magique du cinéma que parle Christophe Honoré à travers sa base mythologique. Dans un dialogue entre Junon et Tirésias, il met d’ailleurs en lumière le projet du film : il ne suffit pas de voir pour croire, il faut croire pour voir. La croyance dans le cinéma lui permet de faire vivre la mythologie par le pouvoir d’évocation des plans mis bout à bout, et permet au spectateur de voir la métamorphose, quand bien même celle-ci est escamotée des images.

Thibaut Grégoire

 

Le FIFF se tient du 3 au 10 octobre, à Namur.

Plus d’infos sur le site du FIFF

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