Critique et analyse cinématographique

« Boyhood » de Richard Linklater : Petite et grande histoire

Filmé sur une période de douze ans et retraçant le parcours d’apprentissage d’un jeune garçon de 6 ans jusqu’à sa majorité, le film de Linklater a principalement été commenté à la lumière de la prouesse cinématographique de ce tournage sur la longueur et du document qu’il est sur la croissance de son héros adolescent. Mais ce sont aussi un beau film sur la transmission et une chronique subtile de l’histoire récente des Etats-Unis que Boyhood dessine en filigranes.

BOYHOOD - 2014 FILM STILL - Ellar Coltrane

En une douzaine de tournage – à raison d’un par an – Richard Linklater pointe des moments dans l’enfance et l’adolescence de Mason, et déploie une fausse fresque aux apparences démesurées mais au rendu finalement très intimiste et modeste. Le film peut d’ailleurs se montrer déceptif à cet égard car il est tout sauf gigantesque ou épique. Mais c’est aussi par cet aspect et le résultat auquel il tend qu’il est unique et grand.

Certains critiques ont pu reprocher au film l’absence de commentaire sur la période qu’il dépeint – les ratés de l’administration Bush, les guerres d’Irak et d’Afghanistan, l’élection d’Obama,… – mais tout s’y trouve pourtant, exactement de la manière dont cela devait être, à savoir à hauteur d’homme, dans le regard et le vécu des protagonistes. Ainsi, le père de Mason dira à ses enfants de voter pour n’importe qui sauf pour Bush et militera pour Obama, tandis que l’un des beaux-pères racontera son expérience de militaire en Irak dans une très belle scène de table. Les individus sont au centre du film et c’est par eux que le contexte politique et social apparaît, de manière plus forte, car surprenante, que dans un film-dossier sur l’époque.

C’est bien dans les relations entre les personnages et les petites différences qui apparaissent d’année en année – donc de scène en scène – que le film développe sa tonalité et prend toute son ampleur. Les plus beaux moments apparaissent dans les scènes de dialogue entre le père et ses enfants, et dans cette relation père-fils qui est un des grands fils conducteurs du film. Au final, il ne s’agit pas tant de transmission que de succession, un ordre des choses inébranlable et indicible, subtilement accentué par le fait que le père et le fils portent le même prénom.

Dans le flux incessant et de plus en plus dense du film, pris dans le quotidien mais parsemés de moments-charnières, ce sont aussi les détails, les petits entre-deux qui apportent un éclairage sur l’ensemble, comme cette scène très courte dans laquelle Mason découvre la mort en trouvant le cadavre d’un oiseau. Boyhood continue donc de grandir après sa vision, tant le rapport « petit-grand » y est en constante évolution, jusque dans sa construction même.

Thibaut Grégoire

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