Critique et analyse cinématographique

Quinzaine des Réalisateurs 2014 – « Mange tes morts » de Jean-Charles Hue

Depuis dix ans, Jean-Charles Hue suit avec sa caméra les Dorkel, une famille de yéniches – une communauté de semi-nomade, notamment installée en Picardie – à laquelle il est vaguement apparenté. Après avoir tiré plusieurs documentaires de cette relation de confiance qui s’est installée entre eux, il a décidé de faire basculer cette collaboration en 2010, en teintant le documentaire de fiction et en faisant des Dorkel de véritables personnages de cinéma.

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Plus encore que La BM du Seigneur, ce premier film de fiction qui mettait en scène Fred Dorkel dans un épisode passé de sa vie, rejoué et « re-vécu » par l’intéressé, Mange tes morts déplace le terreau documentaire vers une vraie fiction, de plus en plus ancrée dans le cinéma de genre. Car Mange tes morts est, dans son fond comme dans son exécution, un film noir dans lequel des personnages de la réalité se voient peu à peu happés dans une spirale fictionnelle et cinématographique.

Les frères Dorkel jouent donc – à peu près – leurs propres rôles, mais se voient confrontés à une situation de fiction, les plus jeunes étant entraînés par l’aîné dans un vol de camion qui tournera mal. Ce qui séduit dans cette démarche, c’est la volonté de parler de réalités sociales assez dures, tout en les distanciant par le prisme de la fiction, et de donner des « rôles » de héros épiques à des personnes qui ont probablement vécu des situations proches de celles qu’ils ont à rejouer. Cette distanciation par la fiction permet d’éviter tout misérabilisme et de montrer les protagonistes de manière égalitaire et respectueuse. En effet, par ce procédé de fabrication, ils se voient assimilés à des collègues par le réalisateur et l’équipe de tournage, et non plus comme des sujets d’observation.

Au-delà de l’aspect théorique de ces partis-pris, Mange tes morts étonne aussi par l’ampleur inattendue de son récit. Le film de genre plaît autant lorsqu’il suit ses « héros » dans leur virée nocturne que quand il se fait plus lyrique et qu’il laisse ses personnages trouver le chemin de la grâce et de la rédemption. Alors qu’il partait comme un polar noir et que son titre se montrait presque hargneux – « Mange tes morts » étant la pire insulte que les yéniches puissent imaginer – le film se montre au final plutôt doux et bienveillant, et confirme Jean-Charles Hue comme un auteur inventif et réfléchi.

Thibaut Grégoire

 

La reprise de la Quinzaine des Réalisateurs a lieu du 20 au 26 juin à la Cinematek de Bruxelles

Plus d’infos sur le site de la Cinematek

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