Critique et analyse cinématographique

Brussels Film Festival 2014 – « Bird People » de Pascale Ferran

Il y a sept ans d’écart entre l’avant-dernier film de Pascale Ferran (Lady Chatterley) et celui-ci, mais c’est pourtant dans une même logique et un même élan formel que s’ouvre Bird People. Ce n’est plus le bruissement de la nature que capte la cinéaste mais bien celui de la « civilisation » – du moins, dans sa forme actuelle – par le biais des mots qui s’entrechoquent dans le métro. Qu’il s’agisse de conversations de vive voix, téléphoniques ou de monologues intérieurs, les paroles se côtoient et s’ignorent, tout comme les personnes qui se croisent sans se voir. La caméra passe d’ailleurs de l’une à l’autre dans un mouvement similaire, enregistrant ce qui l’intéresse avant de poursuivre son chemin.

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Cette introduction annonce bien la suite et la structure du film, suivant l’un après l’autre Gary et Audrey, un businessman américain et une femme de chambre française, dans le décor impersonnel d’un hôtel de passage, aux abords de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle. Alors que l’un décide de tout plaquer – travail, femme, enfants, … – sous le poids de la pression professionnelle et sociale, l’autre se voit offrir l’occasion de s’échapper un instant de sa condition pour se métamorphoser et vivre autre chose. Si les deux parties décrivent chacune un personnage épris de liberté, la première le fait sur un mode réaliste et assez désespéré, tandis que la seconde est portée par une pulsion proche de l’enfance, et concrétise le vieux rêve de pouvoir voler.

Alors qu’il se donnait comme une prise de température d’une certaine réalité actuelle symbolisée par cet hôtel de transit, concentré de stress et de routine, le film prend littéralement son envol lors de sa deuxième partie, avec un virage surréaliste aussi surprenant que bien négocié. Lorsque le personnage de la femme de chambre se transforme et que son point de vue est déplacé vers celui d’un moineau, le lyrisme affleure dans ce qui était jusque là plutôt naturaliste. C’est alors un plaisir quasi-enfantin qu’éprouve le personnage à se prendre pour un oiseau, ainsi que le spectateur à en être témoin, et à accepter la métamorphose comme si elle était totalement naturelle. Le film n’en oublie pas pour autant la radiographie sociale qu’il avait commencé d’entreprendre. Ainsi, le moineau observateur aura une vue d’ensemble sur les individus en partance ou en provenance qui se croisent de manière impersonnelle dans le hall d’aéroport. Ensuite, il suivra le réceptionniste de l’hôtel pour se rendre compte qu’il habite dans sa voiture. La cruauté des faits côtoie bel et bien la beauté du geste.

On en serait presque déçu lorsque la réalité reprend ses droits – sans pour autant effacer les traces scénaristiques de la parenthèse aérienne – mais le retour de celle-ci se révèle pleinement justifié par la conclusion du film. Avec ses deux parties et ses deux personnages qui évoluent dans un même lieu sans jamais vraiment se croiser, celui-ci ne pouvait que suivre la logique pure et enfantine de son développement et les faire se rencontrer, dans un final étrangement optimiste. A ceux qui taxeraient le film de naïveté, il semble répondre par cette dernière scène que c’est précisément cette naïveté, ce ressenti de l’enfance, qu’il donne comme solution à la dureté banalisée de ce qu’il a observé.

Thibaut Grégoire

 

Bird People était présenté lors du Brussels Film Festival

Plus d’infos sur le site du festival

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Une Réponse

  1. j’ai vu ce film à Cannes et j’ai bien aimé et je partage cette critique

    juin 17, 2014 à 23:14

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