Critique et analyse cinématographique

Brussels Film Festival 2014 – « The Reunion » d’Anna Odell

Sorte d’ersatz de Festen qui tente d’attirer l’attention sur lui par son dispositif faussement audacieux, The Reunion est le premier film d’une artiste contemporaine qui aborde le cinéma comme un médium supplémentaire pour ses créations, sans vraiment en comprendre le langage et les particularités.

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Traumatisée par ses années de scolarité et déçue d’avoir été délibérément écartée de la soirée de retrouvailles de ses camarades de classes, Anna Odell a décidé d’en faire un film et de le montrer aux principaux intéressés, ceux qui l’ont persécutée dans son adolescence. Voici exactement la trame de The Reunion, puisque la première partie du film montre Odell débarquer comme une furie dans la fameuse soirée – ou l’idée qu’elle s’en fait, puisqu’elle n’y a factuellement pas mis les pieds – tandis que la deuxième la voit essayer tant bien que mal de contacter un à un ses bourreaux et les confronter sur ce qu’ils lui ont fait subir il y a vingt ans, selon ses souvenirs.

Tout est évidemment rejoué par des acteurs – première et seconde partie – mais les réactions des personnes réelles sont, selon les dires de la réalisatrices, rendues fidèlement à l’écran. Autant dire que l’on n’est pas forcé de la croire tant le film est axé à son avantage, d’une manière unilatérale et presque fascisante. Alors qu’elle entend dénoncer une hiérarchie totalitaire dans le groupe, elle utilise finalement des méthodes tout aussi totalitaires dans sa manière de confronter à brûle-pourpoint ses anciens camarades sans jamais leur laisser la moindre chance d’affirmer clairement et dignement leur point de vue.

En résulte un film revanchard, égocentré et éthiquement ambigu, qui ne fait que mettre en spectacle une frustration ressassée sans la moindre réflexion ni le moindre point de vue. La première partie est en cela particulièrement pénible, et charrie toutes les tares d’un cinéma hystérique, épate-bourgeois et moralisateur. Il ne fallait sans doute pas s’attendre à mieux venu d’une artiste dont le principal fait d’armes est d’avoir mis en scène son propre suicide. Le terme « artiste », qui revient souvent dans le film et dans la communication autour de celui-ci est d’ailleurs ici à questionner. On peut en effet se demander ce qu’englobe ce titre surfait qu’Anna Odell tend à s’attribuer puisqu’il n’y a absolument rien qui touche de près ou de loin à l’art contemporain, et encore moins au cinéma, dans ce téléfilm prétentieusement déguisé en film d’auteur, sans la moindre vision ou image cinématographique.

Thibaut Grégoire

 

Le Brussels Film Festival se tient du 6 au 14 juin à Flagey

Plus d’infos sur le site du festival

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2 Réponses

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