Critique et analyse cinématographique

« Edge of Tomorrow » de Doug Liman : Fierté du blockbuster

Un film de science-fiction mettant en scène Tom Cruise sauvant le monde d’une invasion extraterrestre ne peut être qu’attendu avec un sourire en coin, le cerveau déconnecté et les lunettes 3D au garde-à-vous. Edge of Tomorrow est la preuve spectaculaire et totalement inespérée que l’on peut encore être surpris par un cinéma populaire de grande qualité et que le blockbuster estival peut parfois être le chantre d’un foisonnement créatif étourdissant.

edge-of-tomorrow-04-06-2014-06-06-2014-5-g

Partant sur l’idée tordue mais finalement assez simple de faire intervenir la mécanique d’Un jour sans fin dans un film de science-fiction, Edge of Tomorrow plonge Tom Cruise au cœur d’un récit sinueux et éclaté. Avec son scénario aussi précis qu’imprévisible, le film établit vite un parallèle entre cette précision d’orfèvre et les mouvements et attitudes de ses personnages, qui s’affinent et se perfectionnent au gré des répétitions infinies de la même journée. Mais alors que ce statut sclérosant de film de scénario pourrait le rendre trop systématique, c’est au contraire une grande liberté narrative qui en découle. Le gimmick de la répétition permet en effet de déplacer sans cesse le curseur temporel et d’opérer des ellipses et des retours en arrière, qui déboulent sans crier gare et donnent au film une vitalité inhabituelle. Cette folie communicative et jubilatoire va même jusqu’au surgissement inattendu du burlesque et de gags de répétition, registre dans lequel Tom Cruise s’avère tout bonnement excellent.

Il est d’ailleurs amusant de voir Cruise aux prises avec les fluctuations du temps, lui dont le visage semble avoir été figé à la fin des années 90 et qui ressemble toujours à un jeune premier à l’âge de la maturité. Son personnage n’en est que plus parfait, dans ce contexte de jeu vidéo grandeur nature, au sein duquel il faut constamment rejouer pour s’améliorer et dans lequel la mort n’est qu’un mauvais moment à passer – de plus en plus anecdotique – avant de reprendre tout au début du niveau. Petit à petit, le film devient un grand jeu de rôle mettant en abîme la fonction du comédien qui refait les scènes encore et encore jusqu’à ce qu’il ait atteint un semblant de perfection.

Outre la dimension quasi-théorique du film autour des possibilités narratives et participatives du cinéma de grand spectacle, Edge of Tomorrow met aussi en scène une sorte de revanche des faibles – thème que le réalisateur Doug Liman avait déjà abordé dans le mésestimé Jumper – à travers le parcours de son personnage principal, au début militaire raté et dévalorisé, qui se transforme peu à peu au contact de ce pouvoir qui lui a été arbitrairement attribué. À cela s’ajoute une inversion des genres, peut-être plus dans l’ère du temps, qui place la femme comme une machine de guerre infaillible et l’homme dans la position de l’apprenti qui doit faire des efforts au jour le jour pour l’égaler. Mais vu que le scénario finit par permettre à l’homme de surpasser in extremis la femme, on peut constater que l’imaginaire hollywoodien n’est pas encore totalement prêt à sacrifier à un féminisme trop marqué.

Les limites imposées par le système et la grosse machinerie d’une production comme celle-ci peuvent donc être ressenties dans plusieurs détails, notamment dans sa dernière demi-heure et son happy end obligé, mais le développement des possibilités narratives et visuelles au sein d’un carcan de plus en plus exponentiel font malgré tout de ce film un exemple à retenir de blockbuster inventif et dépositaire d’une évolution discrète mais bel et bien existante d’un genre en apparence très figé. En témoignent l’abstraction des scènes de combat ainsi que les transformations et mouvements des créatures extraterrestres du film, qui attestent fièrement d’une beauté esthétique retrouvée du film d’action hollywoodien.

Thibaut Grégoire

Publicités

Une Réponse

  1. Pingback: Tops et flops de 2014 | CAMERA OBSCURA

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s