Critique et analyse cinématographique

Cannes 2014 – « Grace de Monaco » d’Olivier Dahan

À sa présentation en ouverture de Cannes, les critiques ont moins commenté le film que le désaveu de la famille princière concernée ou que la condition de film d’ouverture du festival, place jugée sinistrée – à quelques exceptions près – par des films se voulant à la fois glamour et grand public et qui échouent la plupart du temps à passionner une fois le tapis rouge passé. Vivement critiqué pour ces raisons et pour beaucoup d’autres, Grace de Monaco mérite malheureusement cette avalanche de reproches tant il est lisse, sans point de vue et bêtement conservateur.

grace-de-monaco-grace-of-monaco-14-05-2014-8-g

Le film choisit de s’axer sur une courte période, a priori anecdotique de la vie de Grace Kelly à Monaco, à savoir le moment où elle est sur le point de revenir au cinéma – dans Marnie d’Alfred Hitchcock – tandis que la principauté fait face à une menace de blocus du Général De Gaulle. Tiraillée entre son envie de retrouver les plateaux et celle de soutenir son mari, Grace de Monaco se retrouve donc devant un dilemme classique entre s’épanouir comme femme ou assumer pleinement le rôle d’épouse, donc en gros entre le choix de la modernité et celui de la tradition. Il va sans dire que sa fonction et son rang la contraigne in fine à choisir la deuxième option, choix que le film ne fait qu’appuyer honteusement, sans le critiquer ni même le commenter.

Après quelques scènes proprement ridicules d’apprentissage des us et coutumes de la haute européenne, destiné à normer la « fougueuse » américaine, celle-ci devient finalement la sauveuse de cette vieille Europe en détournant un gala de charité pour en faire une séance de réconciliation lénifiante des peuples sur le thème « Qu’est-ce que le Monde sans amour ? ». Si ce gloubi-boulga sentimentaliste et bien pensant, noyé dans son esthétique de pub de mode – Nicole Kidman semble tout droit débarquer du spot Chanel n°5 –, se suffisait à lui-même, le film ne serait que gentiment indigent. Là où il devient franchement nauséabond, c’est dans sa défense unilatérale – peut-être inconsciente, donc d’autant plus impardonnable – des paradis fiscaux et dans son angélisme de droite qui semble rendre indubitable et naturelle l’indécente suprématie économique d’une classe coupée des autres.

Après avoir « immortalisé » Edith Piaf dans un fantasme franchouillard et misérabiliste et après avoir commercialisé des comiques populaires dans le systématique et pas drôle Les Seigneurs, Olivier Dahan semble être devenu en quelques films le faiseur publicitaire en chef du cinéma français et de l’euro-pudding à visée internationale. La question du bien-fondé ou non de ce genre de cinéaste en ouverture d’un festival, qui a tout de même comme visée de mettre le cinéma d’auteur au centre de toutes ses sélections, se pose donc bel et bien, d’autant plus que le film confond constamment glamour et vulgarité « bling-bling » dans un grand amalgame généralisé.

Thibaut Grégoire

Publicités

2 Réponses

  1. Pingback: Sorties Cinéma – 21/05/2014 | CAMERA OBSCURA

  2. Pingback: Tops et flops de 2014 | CAMERA OBSCURA

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s