Critique et analyse cinématographique

« Snowpiercer, le Transperceneige » de Bong Joon-ho : Lutte des classes

Pour son premier film en anglais et en coproduction internationale, le coréen Bong Joon-ho adapte une bande dessinée française (Le transperceneige de Jacques Lob et Jean-Marc Rochette) et amène le blockbuster de science-fiction dans une dimension théorique et sociale inattendue.

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De la BD, Bong Joon-ho n’a gardé que le principal, l’idée du train comme arche de Noé, qui fend les espaces et la glace d’un monde sinistré et dans lequel les hommes sont agencés comme du bétail par ordre d’importance. Dans le dernier wagon sont donc entassés les clandestins, oppressés par l’élite et sa garde, nourris avec une bouillie infecte, et dans lesquels les riches se servent ça et là pour des tâches utilitaires ou pour leur divertissement personnel.

La situation du film est très vite posée et comptée pour acquise puisque l’action débute pratiquement avec un vent de révolte déjà consommé et prêt à souffler. Lorsque les mutins auront quitté leur prison, ils remonteront non sans difficulté le train, parcourant les classes supérieures et découvrant petit à petit tout ce qui leur était caché.

Cet ascenseur social perverti est au final moins linéaire qu’il n’y paraît de prime abord et est parsemé, non seulement de morceaux de bravoures – la bataille à la hache – et de surprises visuelles – la classe colorée –, mais également de moments de respiration et de flottement – une dégustation de sushis en forme de trêve salutaire.

Derrière son allégorie à la fois limpide et complexe, le film tire également parti de son décor tellement cinégénique, ce train qui a parcouru l’histoire du cinéma depuis ses origines en gardant toujours ses propriétés quasi-magiques de machine à produire des images et à créer le mouvement. Bong Joon-ho lui rend d’ailleurs grâce dans une des meilleures scènes, lorsque les révoltés découvrent enfin l’extérieur grâce à la première fenêtre. Les images numériques d’un monde gelé surgissent alors à travers ce second écran et leur découverte simultanée par les personnages et le spectateur transperce le quatrième mur de la plus belle manière qui soit.

Si la confrontation finale entre le héros et le conducteur du train, ainsi que l’issue écologico-optimiste sont plus ancrées dans un modèle préétabli de SF à tendance de vulgarisation philosophique, le film reste malgré tout une tentative inédite de divertissement radical, sans compromis et sans tabous.

Thibaut Grégoire

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