Critique et analyse cinématographique

« The Grand Budapest Hotel » : Dandy héroïque

On reproche souvent – à tort – à Wes Anderson de faire un cinéma trop sophistiqué, à l’humour ultra-référentiel et à la limite du snobisme. Avec The Grand Budapest Hotel, l’auteur choisit de prendre ses détracteurs au mot et livre le portrait d’un dandy magnifique doublé d’une réflexion sur son propre style.

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Au centre du film se trouve Monsieur Gustave, le concierge flamboyant du Grand Budapest Hotel, où se croisent les personnages et les époques dans une construction narrative aussi complexe que ludique. Fonctionnant sur le principe des poupées russes – jusqu’à l’extrême – en multipliant les récits enchâssés, le film décrit les aventures picaresques de Monsieur Gustave, accusé d’avoir tué une vieille dame dont il fut le gigolo pour toucher un héritage, à savoir un tableau à la valeur inestimable. Secondé et aidé par un jeune groom, il passera par la case prison, affrontera les héritiers jaloux et se confrontera aux autorités fascistes, tout cela sans jamais se défaire de son sourire et de son flegme légendaire.

À travers ce personnage de dandy, c’est presque un autoportrait que fait Wes Anderson. De la même manière, la façon dont a Monsieur Gustave de rester stoïque contre vents et marées, et de résister à l’autoritarisme et au fascisme par son humour et son détachement est à mettre en parallèle avec la posture inébranlable de ce cinéma, constamment distingué et digne.

Mais s’il est effectivement une sorte de manifeste joyeux du dandysme, The Grand Budapest Hotel est également un beau film sur l’héritage, qu’il soit culturel ou moral. C’est dans sa construction emboîtée et vertigineuse que transparaît le mieux cet aspect. L’histoire de Monsieur Gustave est transmise par le groom – devenu un richissime homme d’affaire – à un jeune auteur ; celui-ci, devenu vieux, la transmet à son tour au spectateur et à son petit-fils ; enfin, une jeune fille lit cette même histoire devant le mémorial à l’auteur, assurant la pérennité de celle-ci. C’est assurément le même sort qu’Anderson souhaite à sa philosophie esthétique et morale, ce dandysme dont il ne se départirait pour rien au monde.

Thibaut Grégoire

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