Critique et analyse cinématographique

« La Belle et la Bête » de Christophe Gans : Conte défait

Certains se demandent pourquoi refaire La Belle et la Bête après plusieurs adaptations plus ou moins inoubliables du conte. La question n’est pas vraiment là, et cette nouvelle tentative ne devrait pas avoir à pâtir de sa postérité à d’autres si tant est qu’elle soit sincère et détentrice d’un point de vue qui lui est propre. Malheureusement, ce n’est pas le cas de ce film tape-à-l’œil et sans âme.

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En ouverture de sa propre adaptation de La Belle et la Bête, en 1946, Jean Cocteau demandait au spectateur de bien vouloir retrouver son âme d’enfant et de se laisser emporter par l’histoire qui lui était contée. Ce qui faisait la force du film était précisément cette foi dans le pouvoir du conte qui, au-delà de toute vraisemblance et de toute dictature de l’image, s’impose à son audience par la suggestion. Il ne fallait pas beaucoup de moyens à Cocteau pour faire imaginer un château ensorcelé ou la transformation d’un homme en bête, tout juste des effets de lumière et quelques travellings.

Si Cocteau parvenait à faire croire son spectateur au conte de fée, c’est tout simplement parce qu’il croyait lui-même au pouvoir du cinéma. C’est de cette croyance et de cette confiance dont semble manquer Christophe Gans qui, pour convoquer le merveilleux à l’écran, s’en remet totalement au numérique et à la monstration totale. Il n’est plus question ici de suggérer quoi que ce soit, ni de stimuler de quelque manière l’imagination du spectateur, puisque tout lui est livré en pâture, jusqu’au moindre détail, dans une débauche visuelle assumée.

Si la relative beauté de certains effets est discutable, c’est en réalité le trop-plein d’images dont on ne sait trop d’où elles viennent, et le pompiérisme de l’ensemble qui finit par écœurer. Il n’y a pas la moindre place pour l’émerveillement et l’émotion dans cet étalage de savoir-faire technique, et même le peu d’admiration que l’on pourrait avoir pour les infographistes se noie dans un implacable sentiment de déjà-vu. En outre, au vu de la direction d’acteurs, il apparaît aussi clairement que l’habile technicien Christophe Gans est tout sauf un metteur en scène.

Thibaut Grégoire

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2 Réponses

  1. Pingback: Sorties Cinéma – 12/02/2014 | CAMERA OBSCURA

  2. A reblogué ceci sur Film de Merde.

    février 26, 2014 à 20:43

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