Critique et analyse cinématographique

« Le Loup de Wall Street » de Martin Scorsese : Les nouveaux affranchis

Après le beau Hugo Cabret, Martin Scorsese revient à un registre de films que l’on suppose plus proche de sa filmographie, tout en surprenant de par le ton et le regard adoptés. En s’attaquant à la classe des traders sans scrupules, il se trouve une nouvelle jeunesse tout en se réinventant.

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Avec ses personnages délirants d’idiots finis, sa voix-off cynique et rythmée, et sa longueur de fresque historique, Le Loup de Wall Street semble mixer l’ampleur et la profondeur des récits mafieux tels que Casino ou Les Affranchis à quelque chose de plus découpé et hystérique, peut-être plus dans l’air du temps. De ce curieux mélange émerge un film bien plus cruel et satirique que ne l’étaient ses ainés, et pour cause. Si l’on pouvait déceler une certaine tendresse de Scorsese pour ces parrains d’un autre temps, figures tutélaires qui avaient dû hanter son enfance dans Little Italy, il n’a visiblement aucune once d’admiration mal placée pour ces jeunes loups qui ne visent que l’enrichissement personnel au détriment du collectif.

D’un côté, Scorsese montre donc ses antihéros comme une nouvelle génération de gangsters en les mettant en scène dans un récit aussi dense que ceux qu’il consacra aux pontes de la mafia. De l’autre, il les prive de toute possibilité de mythification en les exposant comme de sombres crétins sans foi ni loi. Aucun code ne régit ici les conditions d’existence et de travail de ces arnaqueurs en costume-cravate. Comme pour mettre l’accent sur l’angle surplombant qu’il adopte sur son sujet, Scorsese filme les scènes d’orgies, de prises de drogues et de débordements en tous genre comme des séquences zoologiques dans lesquels ses personnages sans repères moraux ne sont plus que des animaux en rut, livrés à eux-mêmes.

Filmé et joué avec frénésie et délectation, ce déchaînement ininterrompu réserve de véritables moments de comédie, mais une comédie plus noire et désespérante que n’importe quel drame social. Malgré tout, c’est dans ce côté farcesque et foutraque que Leonardo DiCaprio – génial cabotin – laisse éclater toute sa folie parfois contenue et trouve un de ses plus beaux rôles.

Thibaut Grégoire

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