Critique et analyse cinématographique

« The Bay » de Barry Levinson : Horreur virale

Parmi des flopées de films d’horreur utilisant le « found footage » comme leitmotiv, c’est finalement l’œuvre de commande d’un vétéran hollywoodien qui sort du lot et tire au mieux parti de la profusion des images pour procurer de la véritable angoisse, basée sur des peurs bien réelles.

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On n’attendait plus grand-chose de Barry Levinson, réalisateur-star des années 80-90, auteur de quelques films à succès tels que Rain Man ou Good Morning, Vietnam, mais qu’un goût trop prononcé pour le bizarre et la satire politique (Toys, Wag the Dog) avait quelque peut éloigné des studios et des gros projets. C’est finalement dans un produit d’apparence balisé, et à très petit budget, qu’il se réveille et se révèle au-delà de ce que l’on aurait pu imaginer.

The Bay relate via des images de toutes provenances – webcams, réseaux sociaux, caméras de surveillance, téléphones, etc. – la journée cauchemardesque d’une petite ville du Maryland, ravagée par une épidémie mortelle, due à une infestation de parasites marins dans les eaux polluées du lac. Encadré par le récit en voix-off d’une jeune journaliste présente sur les lieux de drame, le film ne renonce pas à certains artifices du genre – effets de surprises, musique directionnelle, … – tout en s’appliquant à rendre la plus vraisemblable possible cette histoire de contamination bactériologique. Si certains effets gores semblent tout droit sortis d’un film de zombies, The Bay n’en est pas un, et c’est cette inscription dans une réalité tangible – la pollution des eaux et les maladies virales – qui font sa force en tant que film d’horreur pur et dur.

Au-delà de la tension et de l’angoisse grandissante qu’il provoque, le film atteint un degré de lecture supérieur à un film d’horreur lambda par le parallèle qu’il fait entre les images qu’il utilise et son sujet. Tout comme l’épidémie se répand au sein de la population, les écrans se multiplient et les témoignages en rafales qui se déversent sur internet et ailleurs ne font qu’augmenter le sentiment d’impuissance devant cette menace invisible et incontrôlable. Aussi contemporaine par son sujet écologique que par son traitement esthétique et narratif, cette petite série B intelligente vaut certainement mieux que le tout-venant des productions horrifiques à petit budget qui infestent actuellement les territoires pollués du cinéma de divertissement.

Thibaut Grégoire

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