Critique et analyse cinématographique

« Quai d’Orsay » de Bertrand Tavernier : Filmer pour ne rien dire

En adaptant la bande dessinée politique d’Abel Lanzac et Christophe Blain, Bertrand Tavernier s’essaye à la comédie, un genre qu’il n’a pratiquement jamais abordé par le passé. Ça se voit !

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Retraçant les premiers mois d’un rédacteur de discours dans le cabinet du ministre des affaires étrangères, la BD alliait la légèreté d’un trait rapide de caricaturiste à la logorrhée verbale codifiée et absconse du ministre et de ses sous-fifres, pour déboucher sur un résultat aux accents absurdes et kafkaïen. Tout à son affaire de tourner dans les véritables bureaux du Quai d’Orsay, Tavernier semble avoir oublié que passer d’un médium à un autre exigeait un travail d’adaptation et se contente de transposer littéralement des effets et des dialogues de la BD à l’écran, comme si un gag dessiné allait avoir le même impact en « live » et en mouvement.

Les longs monologues vides et ridicules du ministre – joué par un Thierry Lhermitte en mode boulevardier –, une fois dits, perdent de leur force puisqu’ils sonnent comme ce qu’ils sont réellement, c’est-à-dire des âneries. Et le grand drame du film est qu’il ne parvient jamais à être drôle avec ce matériel par essence risible. Bertrand Tavernier a beau forcer son naturel, il ne peut devenir satiriste en deux coups de cuillères à pot. L’absence totale de rythme et de sympathie des personnages plombent le film au point qu’on en vient même à oublier que l’on est en train de visionner une comédie. Pour tenter d’y remédier, le cinéaste se croit obligé de nous servir un piteux bêtisier au générique, comme s’il venait de nous livrer Les Bronzés 4 ou Les Visiteurs 3.

Du point de vue de la chronique politique, le film ne s’en sort pas mieux et ne parvient jamais à exprimer un point de vue quelque peu valable sur sa pratique. Il se situe en cela bien loin d’autres films sur le sujet sortis ces dernières années, tels que le Pater d’Alain Cavalier, ou encore L’Exercice de l’État de Pierre Schoeller. Quai d’Orsay se contente d’observer son petit théâtre de marionnettes évoluer sans buts, tout en assénant à son spectateur qu’il ne comprend rien à la politique et que ce ne sera jamais le cas, car il n’en maîtrise pas les fameux « éléments de langage ». Cette manière de noyer le poisson est à la fois une façon de se dédouaner de tout souci de crédibilité, mais aussi de cantonner la politique à l’image trouble dont elle souffre quelque peu et de traiter l’homme du peuple de haut, ce qui rend le film réellement antipathique.

Thibaut Grégoire

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