Critique et analyse cinématographique

« La Grande Bellezza » de Paolo Sorrentino : La grande imposture

Lors du dernier Festival de Cannes, l’habitué Sorrentino avait une nouvelle fois illusionné les foules avec sa nouvelle boursoufflure tape-à-l’œil. Tous les deux-trois ans, ce cinéaste de l’ostentatoire revient faire son petit effet festivalier avec des films qui semblent calculés pour épater les gogos.

La_grande_bellazza__14_

Cette fois-ci – après avoir déguisé Sean Penn en rock star efféminée dans l’infâme This Must Be the Place –, Sorrentino s’attaque à deux mythes : Rome et Fellini. Tendant à célébrer la « grande beauté » du patrimoine de l’une et des films de l’autre, il se lance dans un immense plagiat à la sauce publicitaire de La Dolce Vita, qui mettait déjà en valeur les atours de la ville. Le voici donc suivant Jep, un écrivain raté qui déambule dans les fêtes les plus opulentes de la capitale pour mieux combler sa solitude et sa profonde tristesse. Là où le bât blesse, c’est que si Fellini se servait de cette prémisse pour critiquer la décadence de la bourgeoisie romaine et l’hypocrisie de l’Eglise, il semble que Sorrentino ait tout compris de travers.

A l’aide de sa caméra virevoltante et qui se voudrait désespérément virtuose, il tente tant bien que mal de dissimuler la vacuité totale de son propos – et surtout son absence de point de vue – en en mettant plein les yeux du spectateur, comme pour l’aveugler. Le seul souci est que les « belles images » que proposent Sorrentino baignent dans une esthétique publicitaire des plus affligeantes et que le montage clipesque des fêtes débridées qu’il dépeint ne fait qu’exacerber leur vulgarité, sans réellement la dénoncer.

Dans une dernière partie en total décalage par rapport à l’ensemble, Sorrentino semble pris d’un soudain sursaut de religiosité mal placée et, alors que l’on s’attend à ce qu’il dénonce l’exploitation d’un certain dolorisme creux par l’Eglise catholique, ne trouve rien de mieux que de sanctifier un personnage ridicule – jusque dans le maquillage – de Mère Teresa d’opérette, qui débite des âneries entre deux râles et charme les flamands roses (sic).

Au final, les fastes romaines de Sorrentino se voudraient au niveau de Fellini, mais parviennent en fait péniblement à se hisser au niveau des fêtes « bling-bling » de Baz Luhrmann dans The Great Gatsby. Il est d’ailleurs ironique de constater que le concept de grandeur soit accolé ainsi à deux films aussi médiocres.

Thibaut Grégoire

Publicités

Une Réponse

  1. Pingback: Sorties Cinéma – 25/09/2013 | CAMERA OBSCURA

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s