Critique et analyse cinématographique

FIFF 2013 – « La Vie d’Adèle » d’Abdellatif Kechiche

Depuis Cannes, l’engouement général et la Palme d’Or, on a beaucoup entendu parler de La Vie d’Adèle. Qu’il s’agisse de rumeurs, de scandales ou de déclarations intempestives des actrices et du réalisateur, le film est devenu malgré lui l’objet d’une curiosité médiatique malsaine. Il faut dorénavant le découvrir avec un regard vierge, sans a priori – qu’ils soient positifs ou négatifs – et surtout sans faire intervenir dans sa vision des éléments extra-cinématographiques qui sont venus perturber son après-Palme. Maintenant qu’elle est accessible au commun des mortels, on peut enfin apprécier l’œuvre.

la-vie-d-adele-09-10-2013-2-g

Kechiche, en interviews, est habituellement un homme de peu de mots et l’un des premiers dialogues du film vient appuyer ce qui est sans doute sa vision de ce qu’est une œuvre et de la manière dont elle doit être reçue. Quand il fait dire à Adèle qu’un livre doit être apprécié dans l’intimité, pour soi seul, et sans analyse contextuelle, il affirme un point de vue assez clair sur la manière dont il aimerait que ses films soient vus. Et il a probablement raison au vu de ce film, dont il est compliqué d’exprimer les émotions qu’il suscite sans en venir à des généralités.

De la bande dessinée qu’il adapte – Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh – Kechiche ne garde que l’essentiel, à savoir l’histoire d’amour d’une lycéenne pour une autre jeune femme, étudiante aux Beaux-Arts, et respecte sa dramaturgie jusqu’à un certain point. Mais si de nombreux épisodes de la BD sont fidèlement transposés ici, c’est dans son esprit et sur la longueur que le film s’en éloigne. Là ou le récit de Julie Maroh était empreint d’une naïveté et d’un didactisme quelque peu embarrassants, la naïveté est ici transformée en une vitalité presque miraculeuse.

S’il fallait trouver un sujet au film, au-delà de l’évidence, ce serait incontestablement la beauté. Cette notion de beauté, inexplicable et envoûtante, est abordée par le prisme de l’esthétique et de l’art, à travers le personnage de Léa Seydoux, mais apparaît surtout à l’écran par l’alchimie des acteurs et des plans entre eux. Il est rationnellement difficile d’expliquer pourquoi tel ou tel moment du film est grand, c’est dans sa globalité et dans son bouillonnement continu que le film suscite une émotion rare. Assez déclaratif dans ses intentions – notamment dans son discours sur l’art et la transmission –, La Vie d’Adèle est surtout incroyablement spontané dans les sentiments qu’il dégage et qu’il provoque.

Thibaut Grégoire

 

Le Festival du Film Francophone de Namur se tient du 27 septembre au 4 octobre

Plus d’infos sur le site du festival

Publicités

4 Réponses

  1. Pingback: FIFF 2013 – Top 10 | CAMERA OBSCURA

  2. Pingback: Sorties Cinéma – 09/10/2013 | CAMERA OBSCURA

  3. Pingback: Top 10 2013 | CAMERA OBSCURA

  4. Louis Dandroit

    Suis pas un fan de ce type mais comme lui j’aime bien foutre les pieds dans le pla-plat

    août 10, 2017 à 10:55

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s