Critique et analyse cinématographique

« Jeune et jolie » de François Ozon : Fantasme à tics (d’auteur)

Lors de sa présentation en compétition à Cannes, le nouveau film de François Ozon avait reçu un accueil plutôt favorable, jusqu’à ce que le principal intéressé ne tienne des propos douteux en relation avec son film, lesquels en disaient long sur l’opinion qu’il a des femmes. Jeune et jolie ne figura finalement pas au palmarès, et l’on a pu se dire que la polémique idiote sur la misogynie présumée d’Ozon avait malencontreusement déteint sur la réception du film. Mais à la vision de celui-ci, on ne peut que constater que cette misogynie est non seulement un fait mais est tout bonnement au cœur du film.

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S’appuyant sur un système narratif qui n’est qu’un ressassement de « trucs » utilisés dans ses précédents films – le découpage en chapitres comme dans 5×2, les chansons explicatives comme dans Huit femmes,… – Ozon filme ici l’éveil à la sensualité d’une jeune fille de dix-sept ans qui découvre sa sexualité en se prostituant auprès d’hommes âgés. On reconnaît bien là le goût du cinéaste pour la subversion de salon et l’épate-bourgeois de bas étage.

Le véritable problème d’Ozon est qu’il s’obstine à vouloir traiter des sujets de société, mais par le prisme d’un certain milieu – toujours le même –, dans lequel les causes et les conséquences du problème sont viciées. La prostitution est donc au cœur de son film, mais il s’agit d’une prostitution fantasmée, idéalisée, qui ne se rattache à aucune forme de réalité, ou du moins pas à une réalité sociale. L’influence revendiquée du film est bien évidemment Belle de jour, mais cette filiation autoproclamée n’est on ne peut plus usurpée. Là où le film de Buñuel était une critique de la bourgeoisie dissimulée derrière le songe poétique d’un surréaliste, Jeune et jolie n’est que la fusion plate et illustrative d’une pseudo-réalité d’alcôves et d’une imagerie de magazines féminins.

Gangréné par une ironie de bon aloi, héritage envahissant d’un esprit britannique qui n’a rien à faire dans le cinéma français, le film pâtit également de dialogues affligeants censés dénoncer à la fois l’inconscience de la jeune fille et l’impuissance de ses clients, et de chansons pathétiques de Françoise Hardy venant clôturer chaque saison de l’année sulfureuse de la nymphette, tel un leitmotiv pop et désinvolte. Comme pour enfoncer le clou, le film se termine par une scène particulièrement idiote et irréfléchie, dans laquelle une Charlotte Rampling en lunettes noires affirme sans broncher qu’elle aurait bien aimé se prostituer elle aussi, si elle en avait eu le courage. Le discours du film devient alors limpide et Ozon révèle au grand jour son mépris des femmes, jusqu’alors déguisé en fascination.

Thibaut Grégoire

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