Critique et analyse cinématographique

« Blue Jasmine » : Le système Woody Allen

A raison d’un film par an, Woody Allen a instauré depuis longtemps une relation de confiance avec son public. Après quelques intermèdes touristiques, notamment en France et en Italie, il revient aux États-Unis avec un opus plus noir que ses deux précédents.

BLUE-JASMINE-Image-02

Suite à la condamnation de son mari fortuné pour escroquerie, Jasmine (anciennement Jeanette) est contrainte et forcée de quitter New York pour rejoindre sa sœur adoptive à San Francisco, et de redémarrer une nouvelle vie. En proie à une véritable névrose depuis sa dégringolade sociale, Jasmine parvient difficilement à entretenir des relations normales avec qui que ce soit, à commencer par sa sœur.

Tous les films de Woody Allen depuis Annie Hall sont, presque sans exception, des fables moralistes dont le discours transparaît clairement lors des derniers plans, et qui se basent sur le parcours d’un ou de plusieurs personnages pour donner des modèles à suivre ou à ne pas suivre au spectateur. On peut néanmoins subdiviser ses films en deux catégories. L’une, légère et profondément comique, englobe ses deux derniers films (Midnight in Paris et To Rome with Love), la seconde, un peu moins légère, sans être grave, et beaucoup plus sarcastique, comprend notamment Crimes et délits et plus récemment Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu. Blue Jasmine fait indéniablement partie de cette seconde catégorie.

La manière de procéder est toujours la même : il s’agit de poser un personnage, avec ses qualités et surtout ses défauts, comme antihéros de l’intrigue et de le voir s’enfoncer de plus en plus dans une situation qu’il s’est lui-même créée, pour en bout de course tirer une leçon de sa trajectoire. La recette avait fonctionné dans Crimes et délits et dans Match Point, avait totalement échouée dans Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu, et ne réussit qu’à moitié dans ce Blue Jasmine, à la fois intéressant par sa construction et crispant par sa condamnation sans appel du rôle-titre.

Si l’écriture d’Allen ne change pas d’un iota et que l’action évolue presque exclusivement par le dialogue, sa structure en flashbacks, oscillant constamment entre New York et San Francisco, apporte une touche d’originalité dans un cinéma qui semblait ne plus pouvoir évoluer. Malheureusement, on reste encore bel et bien dans un véritable système narratif, qui peine à surprendre. Et la dernière ligne droite, révélant tous les vices et toutes les failles du personnage de Jasmine, rend au final l’ensemble plus moralisateur que moraliste, dénaturant quelque peu le projet global de l’œuvre du cinéaste.

Thibaut Grégoire

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2 Réponses

  1. Pingback: Sorties Cinéma – 07/08/2013 | CAMERA OBSCURA

  2. J’ai pensé l’inverse : http://bit.ly/17cmMFR justement, en tenant cette mélancolie constante, Allen prend le risque qu’on ne lui connaissait pas de tomber dans le nihilisme absolue. Les dernières minutes, à ce titre, son glaçantes. Aurais tu préféré un happy end ? cela aurait été ridicule, au vu de ce personnage névrosé et dépressif qui commet encore et toujours les mêmes erreurs. Aucune morale là dedans, juste l’évolution d’un personnage qui est loin de caractériser une classe sociale. Belle critique tout de même, beau blog.

    octobre 15, 2013 à 06:49

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