Critique et analyse cinématographique

« Before Midnight » de Richard Linklater : Troisième temps

Dix-huit ans après Before Sunrise et neuf ans après Before Sunset, Richard Linklater et ses deux comédiens, Julie Delpy et Ethan Hawke, apportent une nouvelle pierre à l’édifice avec Before Midnight. Proposant un programme et une construction semblables – le film se donne une limite de temps fixée par son titre pour suivre et observer ses personnages, et il le fait principalement en plans-séquences, à travers de longues scènes de dialogues –, ce nouvel opus suit Jessie et Céline, désormais en couple et parents de jumelles, en Grèce où ils passent leurs vacances. Mais là où les deux premiers étaient des films de séduction, paisibles et sensuels, cet épisode se présente plus comme un film de bilan, voire de dispute conjugale, tirant également plus vers la comédie.

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Dans l’une des premières scènes du film, Jessie, l’écrivain, parle du livre qu’il est en train d’écrire et qui a pour sujet le temps, et la perception qu’en ont ses personnages. Cette scène programmatique ne révèle ni plus ni moins que l’enjeu du film et de toute la série dont il fait partie. Les trois Before sont en effet des films sur le temps. Before Sunrise s’attarde sur la manière dont un homme et une femme qui s’attirent vont gérer le temps qu’ils ont à disposition pour passer le plus de temps possible l’un avec l’autre. Before Sunset radicalise la problématique du premier en y ajoutant celle, beaucoup plus théorique, de la gestion du temps au cinéma (le film déploie son récit en temps réel). Et Before Midnight aborde le temps d’une manière rétrospective, peut être plus terre à terre, ou tout du moins d’une façon dont tout un chacun est amené à le questionner un jour où l’autre. Pour faire simple, Before Midnight demande à ses personnages si l’amour résiste au temps, et s’ils ne regrettent rien du passé.

D’un côté, on peut trouver que le sujet qui sous-tend Before Midnight est plus convenu que ceux qu’abordaient ses prédécesseurs. Il s’inscrit également dans une tradition de films sur la crise du couple (Voyage en Italie de Rosselini, Scènes de la vie conjugale de Bergman, et même 2 Days in Paris de Delpy) qui le rend moins singulier. Mais en même temps, il est la suite logique des deux autres et découle naturellement de ce vers quoi le second opus tendait. Après la séduction (Sunrise) et l’amour (Sunset), que peut-il y avoir d’autre que la rupture ? Mais le film ne répondra peut-être pas par l’affirmative à cette question, puisque la rupture n’est qu’une possibilité parmi tant d’autres. Quoi qu’il en soit, elle méritait d’être posée et le couple formé par les films de Linklater devait bien finir par y passer.

Ce n’est d’ailleurs pas ce dont il parle qui importe dans le film, mais de qui il parle, en l’occurrence d’un vrai couple de cinéma, et de deux personnages qu’un réalisateur et deux interprètes ont décidé de visiter tous les neufs-dix ans, histoire de prendre de leurs nouvelles. C’est la beauté de ce projet gratuit et l’implication de chacun dans l’écriture, dans l’improvisation et dans le vécu qu’ils y apportent, qui fait de cette actuelle trilogie une œuvre réellement intéressante. On ne sait pas si cette œuvre est encore en chantier et si un quatrième épisode verra le jour, et c’est aussi pourquoi celui d’aujourd’hui est si précieux, aussi évanescent soit-il.

Thibaut Grégoire

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