Critique et analyse cinématographique

« En attendant le dégel » de Sarah Hirtt : Point mort

Le travail de fin d’études de Sarah Hirtt, étudiante à l’INSAS, a été récompensé du deuxième prix lors de la compétition Cinéfondation au dernier Festival de Cannes. Le prix lui a été remis des mains de Jane Campion, présidente du jury. Ceci est donc un fait, le film a été reconnu comme bon voire très bon, et le talent de Sarah Hirtt encouragé à se développer,  donc à produire d’autres courts et certainement aussi des longs. Peut-on maintenant reprendre nos esprits, regarder ce film plus que médiocre et remettre les choses à leurs places ?

attendant

En attendant le dégel est le prototype même du « film de potes », ou plutôt ici de frères et sœurs, dont toute l’intrigue repose sur un rapprochement amical provoqué par le hasard des choses. Valéry et Vincianne vont donc aider leur frère Victor à déménager, après que celui-ci se soit fait lamentablement jeter par sa copine. Sur le chemin enneigé, la fratrie se retrouve bloquée au milieu de nulle part, tandis que la femme de Valéry est en train d’accoucher à des kilomètres de là.

Ce qui frappe le plus à la vision de ce film, c’est son absence totale d’originalité et son empêtrement dans une sorte de néo-académisme du cinéma belge, où le réalisme social se mêlerait à un certain populisme bon-enfant. La seule chose qui semble importer ici est que les personnages soient sympathiques  et qu’ils ressemblent à Monsieur et Madame Tout-le-monde. Au final, le film  ne raconte rien et ne dit rien, il observe juste des personnages se rapprocher, tel un « feel-good movie » de plus, dans la lignée de récents « succès » du cinéma belge comme Mobile Home ou encore Eldorado.

Il est vraiment désolant de voir que les jeunes cinéastes en devenir soient parasités par un imaginaire aussi limité que cet univers de camaraderie teinté de pittoresque qui phagocyte la comédie belge actuelle. Alors que certains longs métrages ressemblent de plus en plus à des courts tirés en longueur, la production des courts métrages en Belgique continue de tourner en boucle, donnant naissance, d’année en année, à des films sans point de vue et sans flamme, semblant tous coulés dans le même moule de laideur esthétique et d’indigence de mise en scène.

La production de l’INSAS est à ce titre particulièrement alarmante tant cette école semble en être une dans le plus mauvais sens du terme, formatant ses étudiants dans des normes esthétiques et scénaristiques de plus en plus pauvres. Aucune place ici pour la fantaisie ou le lyrisme – appelé des vœux des Cahiers du Cinéma. Ces denrées de plus en plus rares sont certainement bridées par crainte du débordement par les gentils formateurs de ce type d’institutions.

Finalement, si ces films, qui ne sont en réalité que des essais d’apprentis-réalisateurs, restaient dans les armoires des écoles ou des producteurs, on ne pourrait pas se rendre compte de la mauvaise pente que prend notre cinéma. Mais ce qui est réellement inquiétant, c’est que quelque chose d’aussi anodin soit sélectionné et primé dans un festival de l’envergure de Cannes. Les professionnels qui composent les divers jurys voient-ils donc si peu de films qu’ils en arrivent à trouver ceci digne d’intérêt ? En couronnant de si petites choses, ils préparent en tout cas un avenir bien morne au paysage cinématographique.

Thibaut Grégoire

En attendant le dégel de Sarah Hirtt

avec François Neycken, Jean-Jacques Rausin, Claire Beugnies

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