Critique et analyse cinématographique

Gros plan sur : « Laura » d’Otto Preminger

Il est difficile d’écrire sur un monument tel que le film de Preminger. Sorte d’exemple canonique du film noir, étudié et commenté de toutes les manières possibles et imaginables, Laura est devenu un incontournable, que tout étudiant en cinéma se doit de voir et que tout professeur ne manquera pas d’inscrire au programme de son cours. Dans l’inconscient du cinéphile, il en serait presque devenu « académique », dans tous les sens du terme. C’est pourquoi la redécouverte de ce film, en dehors du cadre analytique et dans un but purement récréatif, n’en est que plus forte. Débarrassé de cette emprise patrimoniale, le film peut enfin apparaître comme ce qu’il est ontologiquement : un beau film noir hanté et hantant, dans lequel la mort est déjouée et les fantasmes pleinement incarnés.

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Ce plan intervient plus ou moins à mi-parcours du film et révèle son plus grand coup de théâtre. Obsédé par l’image de Laura, la victime d’un meurtre sur lequel il enquête, le détective McPherson trouve refuge dans l’appartement de celle-ci et se met à boire en fantasmant devant le portrait grandeur nature de la belle. Auparavant, Waldo Lydecker, l’un des suspects également vampirisé par le souvenir de Laura, lui fait remarquer qu’il est amoureux d’un cadavre. McPherson ne peut dès lors que sombrer dans le désespoir, et dans l’alcool, non sans avoir jeté un dernier regard à cette femme qu’il ne pourra jamais avoir. C’est là que l’impossible se produit. Un bruit de clé retentit et le plan change. Laura, revenue d’entre les morts, rentre chez elle comme si de rien n’était. Reprenant ensuite conscience, McPherson se retrouve devant l’impensable, Laura bien vivante devant son double figé. A ce moment-là, il est encore impossible de dire où l’on se trouve. Est-on dans le songe du détective ou dans la continuité du réel ? C’est là toute la beauté de cette scène et du film. Laura, tel un esprit ayant une affaire à conclure, revient parmi les vivants pour résoudre l’enquête sur sa propre mort. Plus qu’un film noir classique, Laura est un film de fantômes, et une histoire d’amour entre la vie et la mort.

Thibaut Grégoire

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