Critique et analyse cinématographique

« Behind the Candelabra » de Steven Soderbergh : Un dernier tour de piste

Alors que l’on présentait son précédent opus, Effets secondaires, comme son dernier film de cinéma, Steven Soderbergh débarquait à Cannes, en mai dernier, avec ce film tourné en trente jours pour la télévision, et mettant en vedette deux stars hollywoodiennes dans des rôles d’homosexuels. Que le Festival de Cannes ait voulu marquer le coup et saluer le « départ » de Soderbergh de la scène cinématographique en sélectionnant en compétition ce téléfilm de luxe est en soi assez normal, ce qui l’est moins est l’accueil unanime qui lui a été réservé, et ce par pratiquement tous les pans de la critique française et européenne. Dans cette édition très sexuée, son sujet et le retour remarqué de Michael Douglas auraient-ils suffi pour faire de ce film plus que mineur un événement incontournable?

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S’attardant sur une période de la vie de Liberace – un « entertainer » de Las Vegas se produisant derrière son piano et un chandelier, sa véritable marque de fabrique –, le film se concentre sur sa relation avec le jeune Scott Thorson, et épouse d’ailleurs le point de vue de celui-ci. Littéralement enlevé à ses proches et accaparé par le vieux beau sur le retour, Thorson se voit ainsi façonné et remodelé à son image par Liberace, avant d’être remplacé et mis à la porte. Soderbergh suit ainsi le chemin que prend le personnage de Scott (Matt Damon) et qui le conduit peu à peu à devenir dépressif et toxicomane. Liberace (Michael Douglas) est donc presque relégué à un rôle secondaire, et le « biopic » transformé en un récit doux-amer d’une histoire d’amour exclusive et ambigüe.

Que les choses soient claires : si l’on était tombé sur ce film un dimanche soir sur une chaîne du câble, on aurait sans doute trouvé qu’il s’agissait là d’un très bon téléfilm. Le problème est qu’il ait été sorti de son contexte et éloigné de sa finalité par cette sélection en festival. Cette comédie dramatique « indie », de facture extrêmement classique, est donc devenue le centre de l’attention et a attiré toutes sortes d’éloges appuyés et d’interprétations en tous genres. Mais ce qui ce trouve sur l’écran n’est ni plus ni moins qu’une honnête mise en images d’un scénario très linéaire et au final assez formaté. Rien, dans ce film, n’échappe au spectre de ce que l’on peut s’attendre de voir sur HBO, chaîne ou le film a finit par être diffusée après sa projection cannoise.

A l’actif du film, on peut quand même noter qu’il s’agit probablement du moins mauvais de Soderbergh, parmi –mettons – les cinq derniers, et que la scène final, réellement inspirée et forte, rattrape un tant soit peu la mollesse de l’ensemble. Enfin, les prestations des deux acteurs sont indéniablement impressionnantes et justifient à elles seules la vision du film.

Thibaut Grégoire

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